Archives-dd&e : Retrouver l’Histoire

A la suite du texte que nous avions publié le 10 mars 2007 dans la Lettre d’Analyse dd&e, et que nous avons repris dans la série Archives-dd&e le  23 juin 2019, nous avions publié le 25 mars 2007 un texte d’analyse générale à partir du même livre qui était le moteur principal du premier texte (Les États-Unis et la guerre d’Algérie, de Irving M. Wall), mais cette fois pour analyser la méthode de l’historien. L’idée nous en était venue, ou plutôt était venue à PhG parce que le livre portait à la fois sur la politique américaniste et l’américanisme, et sur la guerre d’Algérie, deux sujets qui lui sont chers :

• PhG s’est toujours intéressé aux USA, et plus tard, dans ses activités professionnelles, à l’américanisme et à la politique américaniste ;

• PhG est né en 1944, “Pied-Noir” en Algérie, qu’il quitta au début de 1962, et qui resta toujours pour lui, et de plus en plus avec l’âge et la nostalgie, un sujet fondamental dans son esprit et dans son souvenir, et même dirait-il dans son “âme poétique”.

A partir de ces solides centres d’intérêt et même de témoignage, il a paru intéressant de faire une critique de la méthodologie de l’historien que nous qualifierions de “scientifique”, ou d’“objectif” comme il (l’historien) se juge lui-même. Dans ce cas, les sujets représentés par Wall deviennent secondaires, c’est la méthode qui devient l’objet du travail. Bien entendu, car l’on s’en doute, l’approche choisie puis développée fut extrêmement critique et le texte se terminait sur une rapide mais très intense plaidoirie, résumée par le dernier intertitre : « De la relativisation inévitable de l’histoire : de l’échec de la méthode scientiste à la nécessité du prophétisme »

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Conversation avec Alexis Jenni, juré du concours de nouvelles de Rue89Lyon

Avec « Féroces infirmes », paru au début de l’année 2019, Alexis Jenni plonge de nouveau dans l’histoire de la guerre d’Algérie, obsession et source d’inspiration inépuisable, tout comme il renoue avec le souffle du roman qui lui a valu un prix Goncourt en 2011 (L’Art français de la guerre).

C’est la fresque historique, le traité militaire, le questionnement philosophique qui nourrissent cette fois encore le récit. Le propos est ambitieux, évitant manichéisme et facilités, portant sur la société française telle qu’elle vacille, juchée sur son histoire.

Au travers de l’histoire de Jean-Paul, soldat pendant la guerre d’Algérie qui s’engagera au sein de l’OAS (organisation politico-militaire terroriste visant à conserver la colonie française), jeune homme vivant à Villeurbanne puis vieillard en chaise roulante soigné par son fils dans les barres de la Duchère, Alexis Jenni tente entre autres une explication du racisme. Les ponts entre les différentes époques non seulement structurent le récit mais donnent au sujet une profondeur complexe.

Alexis Jenni fait partie du jury du concours d’écriture que Rue89Lyon a lancé cet été, intitulé « Lyon, des nouvelles de 2050 ». L’occasion d’un brin de causette avec cet auteur abondant, que Lyon aime à présenter comme sien. Sur la ville de demain, les craintes et fantasmes qu’elle suscite, sur les quartiers de Lyon qui font une partie des décors de « Féroces infirmes » et sur les projets d’écriture en cours…

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Les habitants de la Bourgogne partagent leurs souvenirs d’Algérie

Une table ronde était organisée ce mercredi à l’IMA, en partenariat avec le centre social de la Bourgogne. Une dizaine d’habitants ont témoigné et partagé leurs souvenirs d’Algérie au quartier, dans le cadre de l’exposition « Photographier l’Algérie ».

Il y avait foule, ce mercredi, dans la salle de conférences de l’Institut du monde arabe (IMA). Pendant deux heures, une dizaine d’habitants du quartier de la Bourgogne ont discuté et partagé leur rapport au quartier et à l’Algérie, des années 1960 à aujourd’hui. L’événement était organisé dans le cadre des ateliers de fabrique de la mémoire du centre social de la Bourgogne.

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Cinéma : Lucas Belvaux a tourné des scènes de son prochain film à Château-Chinon, Arleuf et Dun-les-Places

Derniers jours pour le tournage dans le Morvan de Des hommes, le nouveau film de Lucas Belvaux. Château-Chinon, Arleuf et Dun-les-Places ont servi de décor.

Il n’y a pas un bruit autour du moulin de Salloué, à Dun-les-Places, ce mercredi 26 juin en fin d’après-midi. Pourtant, de nombreux véhicules en file indienne à proximité de la maison et des personnes qui s’affairent autour du site, talkie-walkie accroché à la taille, indiquent que quelque chose se passe derrière ce grand drap noir déroulé sur une façade du moulin.

À l’intérieur, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin y jouent une scène du nouveau film de Lucas Belvaux : Des hommes. Une adaptation du livre de Laurent Mauvignier, sur des hommes revenus vivre leur vie à la campagne après avoir fait la guerre d’Algérie. Quarante ans après, le passé refait surface.

À la salle des fêtes, au café Saint-Christophe…

Les acteurs et l’équipe technique qui les accompagne s’apprêtent à boucler leurs bagages après environ un mois de tournage dans le Morvan. Ils ont commencé à Château-Chinon.

« Nous avons tourné à la salle des fêtes, au café Saint-Christophe et dans pas mal de maisons autour. À Arleuf aussi », raconte Claire Langmann, directrice de production. Gérard Depardieu en plein Château-Chinon, forcément, ça crée l’émeute. « Tout le monde sortait son téléphone et voulait être pris en photo avec lui », se souvient la directrice de production.

Aux côtés de ce monstre du cinéma, Claire Langmann et David Frenkel, le producteur, soulignent le professionnalisme des 70 figurants, présents pendant cinq jours, et le « bon accueil » des gens du Morvan. « On les a sollicités énormément. Pour la déco, par exemple. Ça les amuse et on sent qu’ils ont envie de nous aider », réagit la directrice de production.

Tournage à l’intérieur du moulin et sur la route

Depuis mardi, l’équipe tourne à Dun, essentiellement au moulin, en intérieur, mais aussi sur la route mercredi soir. Ce samedi, l’équipe plie bagage, direction la capitale. De ce qui se passe derrière le grand drap noir, posé pour créer une ambiance de nuit, nous n’aurons rien vu malgré deux heures sur place. Point de Catherine Frot, ni de Jean-Pierre Darroussin non plus.

« C’est dommage, Gérard (Ndlr Gérard Depardieu) était là hier. Il a fait sa dernière scène », nous glisse quelqu’un de l’équipe. Dommage oui. D’autant que ce n’est pas tous les jours que notre Gégé national vient dans le Morvan.

Jenny Pierre

« Algérie, une guerre française » : un sujet sensible en BD

Avec le premier tome de la série « Algérie, une guerre française », Philippe Richelle et Alfio Buscaglia couchent en bande dessinée les prémices des « événements » d’Algérie en adoptant le point de vue de toutes les parties.

Après avoir évoqué « Les mystères de la République », François Mitterrand ou encore « Les Coulisses du pouvoir », le scénariste de bande dessinée Philippe Richelle s’attaque avec Alfio Buscaglia à la guerre d’Algérie dans une saga en cinq volumes.

« C’est passionnant. L’histoire de France me passionne et l’Algérie, c’est vraiment une guerre atypique à double titre. C’est une guerre de décolonisation et puis dans la deuxième partie, à partir du putsch manqué des généraux d’avril 1961, ça devient carrément une guerre civile », confie à France 24, Philippe Richelle.

Dans le premier tome « Derniers beaux jours », l’ouvrage pose les bases de cette fresque en adoptant le point de vue de toutes les parties. On perçoit ainsi un vrai souci de neutralité dans la narration. « J’essaie de montrer de la compréhension pour tous les personnages que je mets en scène. […] Je pense qu’une bonne histoire passe par ça. J’évite à tout prix le manichéisme facile », explique Philippe Richelle.

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Parution

« Entendre est le mot, tant la parole du témoin est cruciale dans le parcours du mémorial et, bien entendu, dans ce livre de Fatima Besnaci Lancou. Il est vrai qu’elle a une double légitimité pour dire ce qui s’est passé et faire dire les autres: historienne de formation, elle sait travailler sur les témoignages. Mais elle-même fille de harki elle a connu le camp de Rivesaltes alors qu’elle avait huit ans; elle a connu la relégation…/…

Puis vient la vérité du témoin, l’essentiel de cet ouvrage. La prise de parole est importante pour les témoins euxmêmes. Souvent ils subissent une forme de double peine: ce qu’ils ont vécu et l’absence de relais dans la mémoire collective. On ne peut que penser aux travaux de Boris Cyrulnik sur la nécessité d’un milieu sûr, d’une écoute non pas pour oublier la souffrance, mais pour avoir la capacité de se reconstruire. Que la personne ait le senti – ment de ne pas être écoutée, pas entendue, pas comprise, et le malheur ajoute au malheur, elle s’encrypte. Mais cette prise de parole est aussi importante pour les autres et pour la construction de cette mémoire collective. La mémoire collective est une représentation sélective du passé pour participer à la construction identitaire d’un groupe, d’un segment de la société. Si ce groupe, ce segment, ce sont les harkis de France, il est important qu’il se construise un grand récit à partir des récits individuels. Ce livre y participe. S’il s’agit de la société française dans son ensemble, il est essentiel en effet de faire connaître cette histoire afin qu’elle trouve sa place dans l’histoire de tous, l’histoire partagée. L’histoire qui vous est contée ici, la plupart d’entre vous ne la connaissent pas. Or c’est un morceau de l’histoire de France; c’est un morceau de notre mémoire partagée. »

Denis Pechanski Historien, Directeur de recherche au CNRS – Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (Université Paris 1, EHESS) Président du Conseil scientifique du Mémorial du Camp de Rivesaltes

Gennevilliers : sept femmes en scène pour raconter leurs souvenirs d’enfance

L’association Les Urbaines, qui travaille sur la place de la femme en ville, organise un spectacle par et avec des habitantes.

Le 24 juin 2019 à 16h37

Ce mardi, la parole sera féminine sur la scène de la MDC de Gennevilliers. L’association les Urbaines y joue, cette semaine, trois représentations de sa pièce « Cet enfant-là ». Un nouveau mode d’expression pour cette structure regroupant des chercheuses, principalement des géographes, qui planchent sur la place de la femme dans la ville.

Cette fois, sept femmes vont évoquer en public des souvenirs d’enfance. Une expérience qui a véritablement remué les participantes. « J’ai décidé de parler de ma grand-mère qui a été déportée. Elle ne voulait pas en parler et un jour je lui ai demandé ce que c’était ce tatouage sur son avant-bras », murmure Agnès.

« Cette pièce peut trouver un écho chez tout le monde… »

Nadine, elle, reviendra sur trois lettres qui l’ont profondément marquée. « D’habitude, rentrer de l’école est un joli moment et un jour, pendant la guerre d’Algérie, j’ai vu marqué OAS en lettres rouge sang sur un mur. Cela m’a terrifiée », se souvient-elle. « Ma famille a toujours été très optimiste y compris pendant les moments les plus durs. Je n’arrive pas à trouver de souvenirs tristes datant de cette période », ajoute sa complice.

Se plonger dans leur passé les a aussi fait réfléchir à leur condition de femme, aux images ou clichés sur ce sujet ou sur les injonctions à se marier, etc. « Je me suis mariée à 18 ans parce que j’étais enceinte… A l’époque c’était assez compliqué une situation pareille », lance Agnès, 74 printemps. « On peut se retrouver dans ces souvenirs, estime Corinne Luxembourg, architecte, géographe et présidente des Urbaines. Cette pièce peut trouver un écho chez tout le monde… »

Mardi 25, jeudi 27 et vendredi 28 à 20 heures, la maison du développement culturel (MDC), rue Julien-Mocquard, à Gennevilliers. Gratuit sur réservation au 01.40.85.60.92.

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Penser le terrorisme : le cas Albert Camus

« Le terrorisme » préoccupe la France et l’Europe depuis le début des années 2000, dans le sillage du 11 septembre 2001. La multiplication d’attentats – revendiqués pour un certain nombre par Al-Qaïda et Daech – au cours de la décennie actuelle a fait de ce terme l’un des plus répandus dans les discours politiques, couvertures médiatiques et conversations courantes de ces zones géographiques, parmi bien d’autres.

Ceci sans que soit généralement interrogée sa définition. Et pour cause : le « terrorisme » fait partie de ces vocables que nous employons en pensant nous entendre sur son sens alors qu’il échappe à une acception stable.

Plus de 250 définitions

Faits symptomatiques, l’ONU n’a pu en proposer une définition qui fasse l’unanimité, les chercheurs Joseph Easson et Alex Schmid ont recensé plus de deux cent cinquante définitions du substantif, et, au sein d’un même territoire, le domaine d’application du mot a fait l’objet d’évolutions remarquables, voire de retournements, au cours de la période contemporaine.

Ainsi la répression vichyste et allemande qualifiait-elle les Résistants de « terroristes » pendant la Seconde Guerre mondiale ; en 1984, Ronald Reagan accueillait à la Maison Blanche des chefs moudjahidines afghans que les États-Unis baptisaient alors « combattants de la liberté ». Point de vue et intérêt du locuteur, contexte historique, circonstances politiques font du « terrorisme » un objet éminemment mouvant. Le penser de manière critique nécessite la prise en considération de questions premières, dont les suivantes : Quels sont les éléments constitutifs du terrorisme ? Où commence-t-il et où finit-il, comparé à d’autres formes de violence politique ? Peut-il jamais être légitime ?

Relire Camus

Albert Camus (1913-1960), écrivain de son état, éclaire en partie ces interrogations à travers deux corpus : d’une part, les interventions et écrits journalistiques, politiques, épistolaires et philosophiques par le biais desquels il intervint dans une histoire européenne et mondiale contemporaine des plus sanglantes ; et, d’autre part, une abondante production littéraire qui se colleta avec le terrorisme au moyen de la représentation fictionnelle.

Ces deux ensembles témoignent d’une compréhension inclusive du terrorisme. L’auteur y combat franquisme, nazisme, fascisme, collaborationnisme, stalinisme, et, pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), la violence meurtrière du Front de Libération Nationale visant les civils européens d’Algérie et arabo-berbères, mais également le contre-terrorisme de l’État français – qui eut recours à la torture et au concept de « responsabilité collective » – et les exactions des ultras.

« Le » terrorisme qu’analyse et récuse Camus est donc pluriel. Sous sa plume, le nom fait référence, ici, à des politiques coordonnées par les détenteurs d’un pouvoir en place qui l’assoient ou l’étendent par ce truchement, et là, à une technique subversive clandestine visant à contester un pouvoir établi.

Le terrorisme : affaire d’État aussi

Les terrorismes qu’évoque Camus sont en majorité du premier type. Ils émanent d’appareils dominants – États et partis. L’Homme révolté l’atteste, l’auteur a connaissance des origines modernes, étatiques, du terrorisme, qui datent de la Terreur (1793-1794).

Cet essai propose notamment une généalogie du « terrorisme d’État » en Occident depuis la période révolutionnaire jusqu’en 1951, année de publication de l’ouvrage. Clandestins ou publics, les articles, éditoriaux, appels et conférences de Camus datant des années 40 et 50 dénoncent cette réalité politique dans son siècle.

Ils dissèquent entre autres les pratiques totalitaires et le fait concentrationnaire qui caractérisèrent les forces de l’Axe. À rebours de certains de ses contemporains silencieux ou satisfaits face au communisme stalinien, Camus pointe parallèlement la persistance de la terreur d’État après guerre dans le monde soviétique.

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Paris : « Le trauma colonial » à l’Institut du monde arabe

Le 20 juin, à 19 h, aura lieu une nouvelle édition des « jeudis de l’IMA » en salle du Haut Conseil avec pour thème « le trauma colonial ».

 

Depuis près de 25 ans, l’Institut du monde arabe (IMA) organise chaque jeudi à 19 h des rencontres débat avec plusieurs personnalités spécialistes du monde arabe (chercheurs, journalistes, etc.). En partenariat avec Libération, Les Inrockuptibles et France Médias Monde, la rencontre du 20 juin promet d’être passionnante !

Sous le titre Le Trauma colonial, paru chez La Découverte en septembre 2018, la psychanalyste Karima Lazali publie les singuliers résultats de son enquête consacrée aux conséquences de la colonisation française sur la société algérienne.

De singuliers résultats, car Karima Lazali a constaté chez ses patients des troubles dont la théorie psychanalytique rend mal compte, et que seuls les effets profonds du « trauma colonial » permettent de comprendre : plus d’un demi-siècle après l’indépendance, les subjectivités continuent à se débattre dans des blancs de mémoire et de parole, en Algérie et en France. La psychanalyste montre ce que ces « blancs » doivent à l’extrême violence et à la durée de la colonisation, machine à produire des effacements mémoriels allant jusqu’à falsifier le sens de l’histoire.

Avec :

  • Karima Lazali, psychologue clinicienne et psychanalyste exerçant à Paris et à Alger. Elle est l’auteure de nombreux articles et de La Parole oubliée (Érès, 2015) ;
  • Benjamin Stora, professeur à l’Université Paris XIII, président du conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Ses recherches portent sur l’histoire de l’Algérie, notamment la guerre d’Algérie et plus largement sur l’histoire du Maghreb contemporain ;
  • Mohammed Taleb, psychiatre, chef du pôle de psychiatrie et d’addictologie au Nouvel Hôpital de Navarre (Évreux). Il est également président de la Société franco-algérienne de psychiatrie et à ce titre, avait organisé en octobre 2003, à l’occasion de l’Année de l’Algérie en France, le premier colloque de psychiatrie entièrement consacré aux traumatismes de la Guerre d’Algérie

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« LE DERNIER ATLAS »

Les deux scénaristes se connaissent depuis 20 ans. Après avoir travaillé ensemble à la revue Professeur Cyclope notamment, Gwen de Bonneval (à droite) et Fabien Vehlmann (à gauche) ont joint leurs écritures pour un projet vaste et fou. Prévu en trois tomes de 200 pages avec Hervé Tanquerelle au dessin, Le Dernier Atlas (dont le tome 1 est sorti en mars 2019 aux éditions Dupuis) est un récit comme on n’en voit pas souvent : à la fois grand public mais exigeant dans sa conception, fantaisiste et documenté, complexe mais digeste. Entre uchronie subtile, « marche du monde » et robots géants « à la Goldorak », ils mélangent les genres avec virtuosité et trouvent l’équilibre, comme si de rien n’était. À l’occasion du festival Lyon BD, ils sont revenus pour nous sur la patiente mise au point de ce roman graphique qui devrait marquer l’année, si ce n’est au-delà.

Dans une courte note en fin de livre signée Fabien Vehlmann, on peut lire que cette histoire est passée par une « lente et patiente élaboration » de 8 ans, et que Claude Vehlmann est la « principale source d’inspiration de cette histoire ». Claude Vehlmann, c’est votre père, Fabien ?

Fabien Vehlmann : Oui. Mon père était pilote dans l’armée de l’air, avant de travailler dans le BTP. Et comme par hasard, les robots Atlas qu’on a inventés servent à la guerre et à la construction. Mon père est aussi d’origine estonienne, c’est un fils d’immigrés, et dans Le Dernier Atlas, on interroge le rapport à la France. La guerre d’Algérie est un épisode de notre Histoire qui reste particulièrement tabou.

dernier-atlas-immeubleGwen de Bonneval : Parce que les acteurs sont toujours vivants.

F. V. : Et j’avais envie d’en parler. Mais ce n’est pas non plus de l’autofiction, plutôt une inspiration indirecte. Il y a eu un long moment de maturation, comme une chrysalide dont quelque chose de différent a finit par éclore. Ces sujets restent importants, mais moins qu’au début. J’ai aussi fait un effort pour m’en détacher. D’ailleurs, Gwen a été très important pour ne pas me laisser happer par eux. Régulièrement, j’avais tendance à repartir dedans, rouvrir des bouquins sur la guerre d’Algérie, et il veillait à ce que je ne perde pas de vue notre histoire à nous, que je ne me mette pas dans un angle mort. D’autant plus qu’il y a un émotionnel pas évident, parce que ces sujets me tiennent à cœur, et que ça ne doit pas devenir malaisant pour le lecteur. On devait partir de ces sujets pour donner prétexte à l’histoire, et non pas l’inverse. Car si le propos politique est trop fort, on court le risque de prêcher des convertis, ce qui n’est pas le but. D’ailleurs, la guerre d’Algérie est un des biais principaux, mais pas le seul.

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