Les BD des collégiens primées

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C’est Évane Loiseau-Gobillot qui est venue au collège représenter ses amies et recevoir le prix du concours de bandes dessinées « Bulles de mémoire ». Chaque année, ce concours autour de la mémoire des grands conflits du XXe siècle impose un thème précis. Cette année, c’était : « Après la guerre, se reconstruire ».
L’histoire d’un grand-père qui tait la guerre Dans la catégorie groupe (mais les jeunes peuvent concourir en individuel), Évane Loiseau-Gobillot, Érine Pineaud-Bonouvrier, Iseure Deschamps et Louna Subes ont remporté le premier prix pour la Région Nouvelle-Aquitaine. Prix que sont venues leur remettre Stéphanie Savary pour l’ONACVG et Béatrice Jozeau, chargée de mission mémoire et citoyenneté auprès du DASEN. Ces élèves de 5e et 4e ont imaginé, avec leurs professeurs de français Vincent Giraudeau et d’arts plastiques Lisa Rondeau, la démarche d’un grand-père qui a toujours tu la guerre qu’il a dû faire et qui se décide enfin à parler lors d’un exposé.
« L’exposé » a touché le jury, qui s’est réuni au musée de la BD à Angoulême, « par le choix des matériaux comme l’aquarelle et par l’originalité de sa première page qui réunit tous les éléments de contexte ». « C’était génial », approuve Évane. Elle poursuit : « Je le fais depuis deux ans. On crée le projet et on le réalise de bout en bout. Là, on a vraiment travaillé toutes ensemble sur l’encre, par exemple. » Les professeurs ont salué « un vrai travail collectif de la part des quatre filles. Chacune a pu trouver ses points forts. »
Quant à l ‘autre groupe de collégiens qui avait présenté « On n’a qu’une famille », il a obtenu le troisième prix toujours pour la région Nouvelle-Aquitaine. Cette BD narre les retrouvailles de deux frères algériens qui ne s’étaient pas revus depuis la guerre d’Algérie, l’un ayant fui en France. Le principal Franck Mousserin a ajouté que, « quel que soit le résultat, les retours de ce type sont intéressants pour les élèves. Dans ce cas, ils sont d’autant plus valorisants. » Évane est repartante pour l’année prochaine. A elle de trouver des coéquipiers pour mener à nouveau l’aventure. Le thème en sera : « S’engager pour la République. »

Elle resta fidèle au combat de son époux : Roses rouges pour Hélène Iveton

Malgré les avanies et la dureté de sa vie, elle qui méritait bien autre chose, modeste et d’un courage hors du commun, Hélène Iveton fut une véritable héroïne qui mérite de garder dans notre mémoire et dans nos cœurs une place privilégiée.

Au petit matin, dans le froid aigre de ce 11 février 1957, vers 7 heures, quand Hélène entendit que l’on frappait à sa porte. Elle ouvrit. C’était Pascal, le père de Fernand Iveton. Il pleurait. Hélène comprit le malheur qui venait de s’abattre sur eux. Ensemble, ils partirent pour lire l’annonce affichée sur la porte de la prison. Puis ils allèrent au cimetière d’El Alia. Trois tombes étaient encore fraîches. Les démarches qu’ils effectuèrent pour que Fernand repose auprès de sa mère se heurtèrent à un refus.

C’est là l’épilogue d’un drame noué le 14 novembre 1956, lorsque Fernand Iveton, membre du PCA, ouvrier tourneur dans l’usine à gaz du Hamma appelé aussi “le Ruisseau” passe à l’action afin de mettre en accord ses actes avec ses convictions. Pour aider ses frères algériens dans la lutte qu’ils ont engagée pour l’indépendance, il décide de placer une bombe près du gazomètre à une heure où l’usine serait déserte, évitant ainsi de faire des victimes. Mais l’engin explosif placé dans un placard est découvert par les petits chefs Oriol et Carrio, trop heureux de dénoncer le délégué CGT. Iveton est aussitôt arrêté, emmené au commissariat, torturé, il en sort noir de coups et des brûlures à l’électricité.

Au terme d’un procès vite expédié, où il n’aura pour le défendre que deux avocats commis d’office, lui qui n’a ni tué, ni blessé personne, le jeune militant de 31 ans est condamné à mort. C’est alors que va se jouer la dernière scène d’un crime d’État où le président René Coty, après avoir longuement hésité, a refusé la grâce sur les injonctions du ministre d’Etat, garde des Sceaux, chargé de la justice, François Mitterrand, comme celui-ci a refusé celle de 45 autres condamnés à mort algériens. En 1965, François Mitterrand devenait candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle. Le silence s’étendait sur son action durant la guerre d’Algérie, comme ministre de l’Intérieur, puis comme ministre de la Justice.

Cette histoire-là reste à écrire
Ce 14 novembre 1956 dans l’après-midi, Hélène voit arriver trois tractions. Dans chacune il y a trois hommes, la fine fleur de la police colonialiste. Ils entrent, et saccagent la maison. La perquisition terminée, ils emmènent Hélène au commissariat de la rue Carnot où elle est enfermée dans une petite cellule, malmenée avant d’être relâchée, faute de preuves. Dans la soirée, Hélène est remise en liberté. Il est vingt heures. Il fait nuit. Elle va jusqu’à la station de taxis. Il y a là un chauffeur musulman. En cours de route, ils bavardent. Elle lui dit qu’elle est la femme d’Iveton. Arrivés à son domicile 73, rue des Coquelicots, il ne veut pas qu’elle le paie. C’est la première marque d’une solidarité que de nombreux Algériens ont voulu lui témoigner.

Le procès 
La nouvelle est officielle : Fernand va être jugé par un tribunal militaire en flagrant délit. Le procès est fixé au 24 novembre. Le jour du procès, Hélène s’est fait couper les cheveux. Quand elle arrive avec les parents de Fernand, les photographes s’en donnent à cœur joie. Elle dit à sa belle-mère : “Il ne faudra surtout pas pleurer, simplement écouter”, afin de ne pas se montrer à ce public de colons hostiles et menaçants. La petite salle d’audience est archi-comble. Hélène pense à une salle de théâtre. Autour de la salle sur une sorte de balcon, il y a une vingtaine de militaires en armes. Les juges entrent. Ils sont sept, en tenue militaire. Le président est Roynard, un magistrat volontaire, rappelé pour juger sous l’uniforme. Paul Teitgen, haut-commissaire du gouvernement n’hésitait pas à dire : “Les juges rappelés étaient de véritables voyous.” Le tribunal se retire pour délibérer.

Il est 16h45. Le président Roynard rend le verdict. Fernand est condamné à mort. Dans le public, des individus crient : “Bravo ! Bravo ! Ces gens-là formeront le gros des troupes de la criminelle OAS qui précipitera la fin de l’Algérie française, quelques années après.  “Ne pleure pas !, ne pleure pas ! Ils seraient trop heureux de te voir pleurer”, se répète Hélène. Elle serre le bras de sa belle-mère pour qu’elle aussi ne pleure pas. Tout d’un coup, elle ne peut plus marcher. Elle s’accroche au bras de Pascal. “Je ne peux plus avancer, lui dit-elle, tirez-moi !” Son beau-père d’un côté, sa belle-mère de l’autre, elle sort du tribunal. “On pleurera à la maison, mais pas ici”, répète-t-elle. Dans la rue, ils attendent, espérant voir Fernand. Le fourgon cellulaire démarre.

Au passage, ils lui font signe. Quand ils arrivent, rue des Lilas, chez ses beaux-parents, Hélène s’effondre à terre, dans la cour de la maison. Maintenant, elle peut pleurer. C’est au matin du 11 février 1957 que Fernand est conduit au supplice avec deux compagnons Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouenouri. Au greffe de la prison Barberousse, il déclare “La vie d’un homme, la mienne compte peu. Ce qui compte c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Algériens et Français se ressoudera.” Dans la cour de la prison, la guillotine est dressée. Ses deux compagnons le rejoignent. Les trois condamnés à mort s’embrassent. “Iveton, mon frère”, dit l’un d’eux à Fernand. Face à la guillotine, il crie une dernière fois, d’une voix forte : “L’Algérie libre vivra ! Tahia el-Djazaïr.” Il est 5h10 quand la vie de l’ancien gamin du Clos Salembier est tranchée.

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Théâtre : Pour ne pas en finir avec la guerre d’Algérie

Dans « Points de non-retour [Quais de Seine] », Alexandra Badea revient sur le 17 octobre 1961, où des Algériens qui manifestaient pacifiquement ont été jetés dans la Seine.

Par Publié le 09 juillet 2019 à 17h05

Dans le titre de la pièce, Points de non-retour [Quais de Seine], c’est la seconde partie qui importe. Les quais en question sont ceux d’où, le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pacifiquement ont eté jetés dans la Seine par la police. Une plaque en témoigne. Elle est apposée sur le pont Saint-Michel, mais « si bas qu’on ne la remarque pas », écrit Alexandra Badea, l’auteure de la pièce. Née à Bucarest en 1980, installée à Paris depuis 2003, elle a demandé la nationalité française en 2013 parce qu’elle se sentait exclue lors des élections. En introduction de son spectacle créé à Avignon, elle rappelle que le jour de la cérémonie de naturalisation, il fut recommandé aux nouveaux Français « d ’assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de grandeur et ses zones d’ombre. »

Les « moments de grandeur », Alexandra Badea les connaissait. Elle s’’est intéréssée aux « zones d’ombre », et a écrit un premier Points de non-retour [Thiaroye], sur le massacre de tirailleurs sénégalais par des gendarmes et des soldats français, à Dakar (Sénégal), en 1944. Le second Points de non-retour est né d’une conversation très brève que l’auteure a eue dans un café où quelqu’un lui a parlé de son histoire en quelques phrases. Cette histoire concernait la guerre d’Algérie, sur laquelle Alexandra Badea s’est beaucoup renseignée. A son habitude, elle ne voulait pas faire une pièce historique, mais une pièce traversée par l’histoire et ce qu’elle produit quand elle est refoulée.

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Frantz Fanon a-il été déchu de sa nationalité française ?

Par Sarah Boumghar 12 juillet 2019 à 15:16

Médecin et militant, l’homme avait rejoint les rangs des indépendantistes pendant la guerre d’Algérie.

Question posée par Jean-Charles le 02/07/2019

Bonjour,

Vous nous avez posé la question suivante : «Est-il vrai que Frantz Fanon a été déchu de la nationalité française pour avoir choisi le camp des colonisés algériens ?»

Frantz Fanon, né à Fort-de-France le 20 juillet 1925 et mort le 6 décembre 1961 à Washington, aux Etats-Unis, était psychiatre, essayiste et militant anti-colonialiste. Il est connu pour ses œuvres traitant du racisme et du colonialisme, notamment Peau noire, masques blancs (1954) et Les damnés de la terre (1961).

Raoul Peck, réalisateur haïtien, prépare actuellement un long métrage sur cette figure de l’anticolonialisme. Un casting a d’ailleurs été lancé.

Le site Une autre histoire écrivait, dans sa page consacrée au psychiatre : «Frantz Fanon, déchu de la nationalité française, est enterré en Algérie.» Après avoir été contacté cette semaine par CheckNews, le site a modifié la page.

Selon son fils, Olivier Fanon, Frantz Fanon n’a jamais été déchu de sa nationalité par l’Etat français. «Il s’est auto-déchu de facto de manière symbolique en rejoignant le camp du FLN. Ce n’est pas une déchéance au sens juridique du terme», explique-t-il à CheckNews.

Sa lettre de démission de l’hôpital de Blida, où il exerçait comme psychiatre, adressée en 1956 à Robert Lacoste, alors gouverneur de l’Algérie, lui vaut par ailleurs un arrêté d’expulsion du territoire algérien, daté de 1957. Cette lettre, dans laquelle il critique vivement la colonisation française en Algérie, est disponible intégralement dans son recueil d’essais Pour la révolution africaine, dont voici un extrait : «Mais que sont l’enthousiasme et le souci de l’homme si journellement la réalité est tissée de mensonges, de lâchetés, du mépris de l’homme. Que sont les intentions si leur incarnation est rendue impossible par l’indigence du cœur, la stérilité de l’esprit, la haine des autochtones de ce pays ? La Folie est l’un des moyens qu’a l’homme de perdre sa liberté. Et je puis dire que placé à cette intersection, j’ai mesuré avec effroi l’ampleur de l’aliénation des habitants de ce pays. Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus se sentir étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue.»

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Le massacre occulté de manifestants algériens en 1953

Les Français et plus particulièrement les Parisiens – avec le fastueux défilé le long des Champs-Elysées – s’apprêtent à célébrer leur Fête nationale ce 14 juillet. Et pourtant, il est des 14 juillet tragiques, comme ce 14 juillet 1953 que la mémoire officielle française a occulté mais que des hommes pétris de valeurs humanistes et de principes de justice et d’équité œuvrent à restituer à la mémoire des hommes et à l’histoire.

Grâce à la ténacité d’un homme de gauche, nourri de valeurs humanistes, le documentariste et écrivain Daniel Kupferstein*, a été déterré, sans jeu de mots, le massacre de six Algériens (il s’agit de Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul, Larbi Daoui, Amar Tadjadit, Abdallah Bacha et Tahar Madjène) tombés sous les balles des forces de l’ordre alors qu’ils défilaient pacifiquement pour la libération de Messali Hadj et l’indépendance de l’Algérie et avec eux un militant communiste français, Maurice Lurot.

Le 14 juillet 1953, la gauche communiste et syndicale française célèbre la Fête nationale à Paris. Y participent, à la fin du cortège, plusieurs milliers d’Algériens à l’initiative du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) en Algérie. Quand ils arrivent place de la Nation, des heurts se produisent et les policiers tirent froidement sur les manifestants algériens. Six d’entre eux sont tués, ainsi qu’un militant de la CGT.

Et on compte des dizaines de blessés par balles. Pendant un demi-siècle, ce drame va être effacé des mémoires et des représentations, en France comme en Algérie. «Pour comprendre les raisons de cette amnésie et faire connaître les circonstances de l’événement», Daniel Kupferstein a conduit une longue enquête, pendant quatre ans. Elle lui a permis de réaliser un film en 2014  qu’un livre, édité par La Découverte sous le titre de Les balles du 14 juillet 1953. Le massacre oublié de nationalistes algériens à Paris, prolonge et complète par des témoignages inédits de nombreux acteurs de l’époque.

Didier Daeninckx, qui a rédigé la préface, relève que «le mérite du minutieux travail d’histoire de Daniel Kupferstein est de rappeler que la répression des revendications indépendantistes n’a pas concerné que les départements d’Algérie, mais aussi la France métropolitaine et d’éclairer une autre date symbolique coincée entre le 8 Mai 1945 et la Toussaint 1954, celle du 14 juillet 1953».

A l’exemple du défunt Jean-Luc Einaudi, auquel on doit -– entre autres livres remarquables sur des militants algériens d’origine européenne de l’indépendance de l’Algérie, comme Maurice Laban ou Fernand Iveton, sur la torture à travers La ferme Améziane – le magistral Le 17 octobre 1961. Un massacre à Paris, Daniel Kupferstein a eu le mérite d’avoir sorti de l’oubli un épisode douloureux de l’histoire algéro-française. L’un et l’autre ne sont pas historiens de formation mais leur démarche est à verser au compte de la construction d’une relation humaine franco-algérienne qui serait fondée sur la reconnaissance des méfaits de la colonisation de l’Algérie par l’Etat français.

Il a fallu attendre une lettre de la famille de Maurice Lurot dans L’Humanité Dimanche et le film de Daniel Kupferstein pour que «le voile se lève sur cette manifestation et les morts qu’elle a déplorés», avait rappelé le conseiller communiste de Paris, Nicolas Bonnet Oulaldj, à l’origine de la décision du Conseil de Paris (lors de sa séance de mardi 31 janvier) d’apposer une plaque en mémoire des 7 manifestants décédés lors de cette triste et tragique journée du 14 Juillet 1953 (El Watan du 3 février 2017). Cette plaque a été apposée début juillet place de la Nation.

A cette occasion, Catherine Vieu-Charier, adjointe à la mémoire et au monde combattant au Conseil de Paris, avait relevé que cette décision contribuera à réparer une dissimulation historique et avait souligné «la nécessité de transmettre une histoire complète et douloureuse». «Il ne s’agit pas de prendre parti ou de juger.»

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« La Bataille d’Alger » : la guerre d’Algérie à l’écran

La Bataille d’Alger ou la guerre d’Algérie à l’écran Un documentaire de Séverine Liatard réalisé par Séverine Cassar

En 1965, trois ans après l’Indépendance, Gillo Pontecorvo tourne son long métrage dans l’Algérie de Ben Bella. Son scénariste Franco Solinas, s’est inspiré du livre de souvenirs écrit par Yacef Saâdi, ancien chef FLN de la zone autonome, au moment où débarquent dans la capitale les hommes de la 10ème division parachutiste. A travers la figure d’Ali la Pointe, le film retrace la lutte pour le contrôle de la Casbah en 1957 entre les militants nationalistes algériens et l’armée française commandé par le général Massu. Le réalisateur italien, proche du Parti Communiste, se base sur des faits réels, visionne des heures d’archives, sollicite d’anciens parachutistes, rencontre la population de la Casbah et d’anciens chefs du FLN et les fait jouer dans son film. Il montre les attentats du FLN et ceux de l’O.A.S. ; les stratégies et les méthodes, comme la torture, employées par l’armée pour dissoudre cette guérilla urbaine ; le rôle joué par les médias et pour terminer la conversion presque totale de la population algérienne à la cause de l’indépendance. Gillo Pontecorvo souhaite réaliser un film militant, anticolonialiste qui traite de la naissance d’une nation.

En 1966, le film remporte le Lion d’or à Venise mais il est mal reçu en France. D’abord censuré, il obtient finalement son visa en 1970 mais sa sortie en salles demeure confidentielle en raison des menaces à l’encontre des exploitants proférées par d’anciens partisans de l’Algérie française, voire d’attentats visant certaines salles. Jugé propagandiste, il n’a pas été diffusé par la télévision française jusqu’en 2004. Entre temps, le film a pourtant connu une carrière internationale : devenu un film culte – voire une version officielle – en Algérie, La Bataille d’Alger a également été salué en Europe et aux Etats-Unis. Il est devenu ici un film symbole du combat des peuples opprimés, là un cours pratique sur les techniques de lutte anti-subversives : dans des écoles de guerre, et jusqu’au Pentagone après les attentats du 11 septembre 2001. Jugé manichéen ou au contraire nuancé, réinterprété au gré de l’actualité qui en modifie les usages comme de l’avancée de la recherche sur l’histoire de la guerre d’Algérie, La Bataille d’Alger est autant un film d’histoire qu’un film qui a fait l’histoire.

Avec les analyses de Malek Bensmaïl, documentariste, Raphaëlle Branche, historienne, spécialiste de la torture pendant la guerre d’Algérie, Patricia Caillé, spécialiste des cinémas du Maghreb, Daho Djerbal, historien, spécialiste du FLN, Jean-Michel Frodon, critique et historien du cinéma, Tramor Quemeneur, historien, spécialiste des appelés en Algérie et Benjamin Stora, historien, spécialiste de la guerre d’Algérie.

Faute de dates anniversaires, la politique mémorielle risque la panne

Avec la fin des grandes commémorations et la disparition des anciens combattants, la secrétaire d’Etat Geneviève Darrieussecq fait face à de nouveaux défis.

Mission accomplie : le conseil d’administration de la Mission du Centenaire a décidé, le 27 juin, sa dissolution à compter du 31 juillet. La secrétaire d’Etat aux Armées a salué « un travail exemplaire et un investissement sans faille. » Ce mercredi, une journée d’études se déroule à l’Ecole militaire sur le thème : « Le monde combattant 1918-2018 : quelle histoire, quelles mémoires, quel devenir ? » Par ailleurs, la direction de l’Office national des anciens combattants sera renouvelée cet été.

La politique « mémorielle », celle des grandes commémorations historiques, est à un tournant de son existence. Le centenaire de la Première Guerre mondiale s’est terminé le 11 novembre 2018 et le 75e anniversaire de la fin du second conflit s’achèvera cet été, avec les cérémonies du maquis du Vercors, du Débarquement de Provence et de la Libération de Paris. Et ensuite ? Un certain vide durant plusieurs années, faute de dates symboliques. Plus de grands rendez-vous susceptibles de soulever l’intérêt de millions de Français et de mobiliser les services de l’Etat. 2020 sera bien le 150e anniversaire de la guerre de 1870, mais cela n’attirera sans doute pas les foules. Les obsèques du dernier Compagnon de la Libération, au Mont Valérien, viendront clore le cycle mémoriel de la Seconde Guerre mondiale, en attendant son centenaire. Quatre Compagnons, dont Daniel Cordier, sont encore vivants : ils ont entre 97 et 99 ans. A ces commémorations encalminées s’ajoute une évolution en profondeur du « monde combattant », avec le vieillissement des anciens d’Algérie. Les plus jeunes ont désormais plus de 75 ans et leurs activités, au sein des nombreuses et naguère très influentes associations, se réduisent progressivement.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, en charge de ce dossier au sein de l’exécutif, sous l’œil très attentif de l’Elysée, est bien consciente que « le monde combattant entre dans une période de transition », comme elle l’a confié lors d’un entretien avec l’Opinion. Tout le système des anciens combattants, mis en place dès la Première Guerre mondiale, est à repenser. Symboliquement, l’appellation a déjà disparu au sein du gouvernement et le siège historique du Ministère des Anciens combattants, rue de Bellechasse (Paris, 7e) a été acquis par Yves Saint-Laurent.

Ce mercredi 3 juillet, Geneviève Darrieussecq participera à un grand colloque national, à l’Ecole militaire, sur les « perspectives mémorielles et institutionnelles auxquelles le monde combattant sera confronté dans un avenir proche ». Quant à la Mission du Centenaire, qui a piloté les commémorations de 14-18, sous la responsabilité du général Elrick Irastorza et de Joseph Zimet, elle mettra la clé sous la porte cet été. « Cette mission a fait un travail extraordinaire », constate Geneviève Darrieussecq.

Mémoire. « Nous devons poursuivre nos efforts en direction de la jeunesse, dans un partenariat mémoriel avec l’Education », assure la secrétaire d’Etat. « Il faut fournir des outils simples pour les enseignants et rendre un plus grand nombre de professeurs appétant à ce sujet. Transmettre la mémoire, c’est par exemple le faire autour du parcours d’individus, se mettre à l’échelle des gens. Il n’y a pas que la mémoire des combattants ou des résistants, mais aussi celles des civils, avec leur vie quotidienne », explique Geneviève Darrieussecq. « Nous pouvons aider à répondre à une question importante et toujours d’actualité : comment se reconstruit-on après une guerre, matériellement mais aussi socialement ? Comment refait-on société ? », ajoute-t-elle.

Au niveau international, lorsque les relations sont politiquement difficiles avec certains pays, « il reste le fil de la mémoire », comme avec la Pologne, note la secrétaire d’Etat. L’un des grands enjeux de cette politique reste l’Algérie, mais l’incertitude politique qui y règne empêche sans doute toute initiative française en la matière, sans compter l’extrême sensibilité politique du sujet en France.

L’administration des anciens combattants gère un budget annuel de 2,2 milliards, pour l’essentiel consacré aux pensions militaires d’invalidité et à la retraite du combattant. Elle assure la tutelle de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC), dirigée par Rose-Marie Antoine, qui quittera son poste cet été. « Il faut que notre Office s’adapte, notamment à la diminution du nombre de personnes concernées », déclare Geneviève Darrieussecq, qui souhaite néanmoins rassurer personnels et bénéficiaires : « Je souhaite maintenir une présence territoriale de l’ONAC dans tous les départements ». Cet objectif fait toujours l’objet de discussions avec Bercy.

Si l’ONAC s’occupe également des veuves d’anciens combattants, des pupilles de la Nation ou des victimes d’attentats, une forte réduction du nombre des vétérans est inéluctable. La « troisième génération du feu », celle de la guerre d’Algérie, sera-t-elle remplacée par les anciens des opérations extérieures (Opex) ? Ce n’est pas certain, tant il s’agit de « deux cultures différentes », constate la secrétaire d’Etat. Les anciens d’Algérie étaient, pour une très grande part, des appelés, alors que les vétérans des Opex ont tous été des volontaires, engagés ou militaires professionnels. « Ils sont plus dans une philosophie d’amicales, liées à leurs anciennes unités ou régiments », ajoute-t-elle. Ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont – ou n’auront – pas des besoins spécifiques, notamment sur la gestion des syndromes de stress post-traumatiques. Ou celle d’une reconnaissance morale de leurs engagements : on le voit, par exemple, avec les polémiques sur le rôle de l’armée française au Rwanda, auquel le ministère des Armées a consacré un colloque le 14 juin dernier.

Raoul Peck racontera Frantz Fanon au cinéma

Le réalisateur de I Am Not Your Negro se lance dans la production d’un long-métrage historique sur l’un des principaux écrivains engagés contre la colonisation.

Le cinéaste haïtien Raoul Peck racontera la vie de l’écrivain martiniquais Frantz Fanon (1925-1961), engagé dans la lutte contre la colonisation, dans un long-métrage à paraître intitulé Les cris. Le casting a déjà démarré, et le tournage aura lieu en 2020.

Après I Am Not Your Negro, Raoul Peck continue son exploration de l’histoire des opprimés par le prisme des écrivains.

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Guerre de libération : de l’importance de la Transmission des vérités historiques

Des enseignants universitaires spécialistes en histoire moderne et contemporaine ont appelé à transmettre les vérités historiques de la lutte durant la guerre de Libération aux générations futures afin de perpétuer les valeurs pour lesquelles se sont sacrifiés les martyrs en vue du recouvrement de la souveraineté nationale.

Des enseignants universitaires spécialistes en histoire moderne et contemporaine ont appelé à transmettre les vérités historiques de la lutte durant la guerre de Libération aux générations futures afin de perpétuer les valeurs pour lesquelles se sont sacrifiés les martyrs en vue du recouvrement de la souveraineté nationale.
Lors d’une conférence organisée par la wilaya d’Alger, dans le cadre des conférences consacrées à l’histoire de la Guerre de Libération au titre des célébrations marquant le 57e anniversaire de la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse, le Dr Khadidja Kerimi, du département d’histoire de l’Université d’Alger, a mis en exergue l’importance de la transmission des vérités historiques de la lutte algérienne aux générations futures afin de perpétuer les valeurs pour lesquelles se sont sacrifiés les martyrs.
Sur le peu d’intérêt accordé à l’histoire durant l’année scolaire, du fait des faibles coefficients attribués à cette matière, elle a estimé dans une déclaration à l’APS qu’une grande responsabilité incombe aux parties chargées de mettre en place les programmes scolaires d’histoire. Après avoir rappelé les lois mises en place par le colonisateur pour aliéner l’identité algérienne, sa politique de division et de répression et les massacres qu’il a perpétrés des décennies durant à l’encontre des Algériens, la conférencière a soutenu que toutes les tentatives d’occultation de l’histoire de l’Algérie ont été jusque-là vouées à l’échec, ajoutant que les jeunes d’aujourd’hui ont souligné leur attachement à leur histoire. De son côté, le Dr Behiri Yamna, enseignante à l’institut d’histoire de l’Université de Bouzaréah (Alger), a fait savoir que l’histoire de la lutte doit être utilisée sur différents aspects, et ce, afin de permettre au citoyen algérien d’en tirer ses principes et les valeurs novembristes permettant de préserver les acquis réalisés par la génération de la Révolution et d’ancrer l’amour de la patrie chez les générations futures.

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Festival d’Avignon : Alexandra Badea poursuit l’examen de conscience de notre histoire

Entre psychogénéalogie et devoir de mémoire, la metteure en scène franco-roumaine s’est penchée sur le drame d’octobre 1961, qui a vu la police parisienne  réprimer en toute impunité une manifestation d’Algériens pacifistes.

Donner voix à un silence fracassant, rendre aux fantômes leur place dans une lignée que les vivants ont supprimée. Cela n’a rien d’un oxymore, malgré les apparences. C’est le cœur du projet d’Alexandra Badea, Points de non-retour, une trilogie qui vient fouailler dans les zones d’ombre de l’histoire française, dont elle a hérité en en prenant la nationalité.

Après Thiaroye en 2018, sur le massacre en 1944 de tirailleurs sénégalais par des gendarmes français, prisonniers de guerre récemment rapatriés dans le camp de Thiaroye au Sénégal, Quais de Seine prend sa source dans la guerre d’Algérie.

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