La révolution algérienne vue par deux combattantes de l’indépendance

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Salima Sahraoui-Bouaziz et Antoinette Simone Idjeri, deux moudjahidate, voient la situation actuelle en Algérie comme une conséquence du conflit interne au FLN, à l’été 1962, juste après l’indépendance.

Parfois, il lui arrive de se confier aux murs blancs de son salon, ces « êtres » froids et muets, qui, lorsqu’elle les touche, lui paraissent aussi réconfortants qu’un proche… C’est ainsi : la maison de Salima Sahraoui-Bouaziz, sur les hauteurs d’Alger, semble tourmentée par un passé lointain, le temps des copains, des fêtes, des discussions politiques sans fin… La solitude est devenue une camarade accommodante depuis qu’elle a perdu son compagnon d’armes, son mari, Rabah, il y a près d’une décennie. A 83 ans, cette neurologue à la retraite est restée en grande partie la jeune fille élancée et souriante qu’elle était au moment de la lutte pour l’indépendance. Ce sourire, elle le doit aujourd’hui à la révolution pacifique qui, depuis le 22 février, fait vibrer le peuple algérien.

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Couze et Saint Front: un QR code pour faire revivre la mémoire des soldats du monuments aux morts

A Couze et Saint Front, un QR code a été installé à côté du monument aux morts. Il offre des informations supplémentaires sur les soldats morts au combat. Le Souvenir Français en a recensé cinquante et un, soit une dizaine de plus que ceux inscrits sur la stèle.

A Couze et Saint Front, le monument aux morts des habitants de Couze tombés pour la France était trop petit pour accueillir le nom de tous ses enfants victimes des guerres de 14-18, 39-45 ou même de la guerre  d’Algérie. Voilà pourquoi Frédéric Gontier, le président de l’association du Souvenir Français du Bergeracois a choisi de s’appuyer sur une méthode informatique pour honorer la mémoire de chacun. Il s’agit d’un QR code, sorte de code barre permettant d’accéder à des informations supplémentaires, installé juste à côté du monument aux morts. Il a été installé voilà deux semaines.

Il suffit d’approcher son smartphone à côté du téléphone, d’actionner l’application flash code et l’histoire se met en marche. Les noms, les prénoms, les grades et les lieux et dates des décès des enfants de Couze morts au combat défilent à l’écran. En arrière plan, on voit des images de la guerre de 14-18 tirées de la chaîne Historia. La méthode est simple et la plongée immédiate dans ces souvenirs de feux et de bataille.

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Historiens du monde : entretien avec Amar Mohand Amer

L’historien Amar Mohand Amer revient sur son parcours ainsi que sur les conditions de travail des historiens en Algérie, sur les rapports avec l’historiographie française et la langue française ainsi que les perspectives de recherche en histoire contemporaine.

* La version originale de cette interview a été publiée par l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographe (APHG) sous le titre « Historiens du monde » . Elle est reprise ici dans le cadre d’un partenariat entre Nonfiction et l’APHG, dont le but est de diffuser aussi largement que possible la recherche historique en train de se faire. 

 

APHG : Bonjour Amar, pouvez-vous vous présenter, revenir sur votre formation et vos objets de recherche ?

Amar Mohand Amer : Après avoir décroché mon doctorat en histoire en avril 2010 à l’Université Denis Diderot (Paris 7), j’ai intégré le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle, CRASC, à Oran, en tant que chercheur à la Division Socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire (HistMém). J’occupe, actuellement, la fonction de directeur de la Division HistMém et celle de directeur-adjoint du comité de rédaction d’Insaniyat, la revue du CRASC. Je suis également membre du comité de rédaction de l’ARB (Africa Review of Books/Revue Africaine des Livres), revue éditée en collaboration avec le Conseil pour le développement en sciences sociales en Afrique, CODERSIA à Dakar. Je suis membre de la Commission nationale d’agrément et d’homologation des manuels scolaires (Ministère de l’Éducation Nationale). Je fais aussi partie du Forum de Solidarité Euro-Méditerranéenne, de Lyon (FORSEM), association constituée de militants associatifs et universitaires, notamment des historiens. J’ai été, pendant deux années, directeur-adjoint chargé de la recherche scientifique au CRASC et membre de son conseil scientifique. J’ai enseigné de 2013 à 2016 l’historiographie en master 1 et 2 de l’Université Ahmed Ben Bella d’Oran et l’histoire de l’Algérie (1830-1962) aux officiers militaires de l’École supérieure de l’air de Tafraoui, Oran.

 

Actuellement, quelle est votre institution de rattachement ?

Le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle, CRASC, à Oran.

 

Quelle est sa spécificité ?

Le CRASC est une institution nationale de recherche, créée en 1992. Elle relève du Ministère de l’enseignement et de la recherche scientifiques. Le CRASC est connu pour son attachement et combat pour la promotion d’une recherche scientifique académique, ses nombreuses publications (en particulier, sa revue Insaniyat) et son ouverture à l’international. Les missions du CRASC s’articulent autour de cinq volets : développer la recherche fondamentale et appliquée en Anthropologie sociale et culturelle, en liaison avec les besoins du développement national ; effectuer toutes recherches présentant un intérêt pour l’avancement des sciences sociales et humaines en Algérie et contribuer à la valorisation de leurs résultats ; assurer la formation, le perfectionnement et la qualification des chercheurs et du personnel de soutien à la recherche ; organiser et promouvoir des rencontres entre chercheurs en vue de favoriser les échanges et la maîtrise de l’information scientifique ; valoriser la recherche (publications des résultats des projets d’établissement du CRASC).

Le CRASC abrite au sein de son siège à Oran quatre divisions : socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire, Villes et territoires, anthropologie de l’éducation et systèmes de formation et imaginaires et processus sociaux. Il est en charge aussi de quatre unités de recherche, deux à Oran, l’Unité de recherche sur la culture, communication, langues, littératures et arts (UCCLLA) et l’Unité de recherche en traduction et terminologie (URTT) ; une à Blida, l’Unité de recherche sur les systèmes de dénomination en Algérie (RASYD) ; et une à Constantine, Unité de recherche sur les territoires émergents et la société (TES). La division de recherche « socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire » est chargée de mener des travaux de recherche et des études sur les conditions de fabrication du savoir historique, de la mémoire collective et les modalités de leur diffusion, ainsi que sur la connaissance et la représentation du passé de la société algérienne, de son environnement géopolitique et civilisationnel. Ses pôles prioritaires de recherche sont : les Institutions, faits de mémoire et récolte des sources et savoirs-faire et patrimoines matériel et immatériel.

Comment la discipline historique est-elle enseignée au niveau primaire, secondaire et universitaire en Algérie ?

La discipline historique en Algérie est étroitement associée à la Guerre de libération nationale (1954-1962). Par conséquent, cette séquence de l’histoire nationale est omniprésente dans l’enseignement, notamment dans les cycles primaire et secondaire. Après avoir promu un roman national mythifiant la lutte contre la colonisation et défendant une histoire d’un peuple uni et héroïque, on assiste, depuis une trentaine d’années, à un changement conséquent de paradigme, dans le sens où un intérêt de plus en plus en plus important est donné aux acteurs.

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Un officier putschiste honoré à Orange

21 mai 2019 à 8 h 14 min

Il y a quelques semaines, Bollène (Vaucluse), gérée par l’extrême droite, avait débaptisé la rue du 19 mars 1962 pour lui donner le nom de l’officier putschiste Denoix de Saint-Marc. Cette décision avait scandalisé les anciens combattants des associations ARAC, FNACA, ANACR, qui voient d’un œil inquiet la réécriture des combats coloniaux auxquels ils ont participé malgré eux.

Ils ont envoyé un courrier à la maire, estimant que «le débat stérile autour de telle ou telle date effective n’autorise pas à nier l’importance de ces accords qui furent un soulagement pour tous les appelés et leurs familles qui voyaient enfin une issue. Cette plaque est la preuve que la ville n’oublie pas l’atrocité de cette guerre et que seule la paix et l’amitié entre les peuples doivent nous guider».

Ces soldats, dont la bravoure avait fait échouer le putsch d’avril 1961, ne sont pas au bout de leur émoi.

La commune voisine d’Orange a en effet suivi le pas. La semaine dernière, la municipalité a entériné le choix de donner le nom du lieutenant-colonel Charles-Gilbert de La Chapelle à un rond-point, a rapporté le quotidien Vaucluse Matin.

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Une conférence sur la guerre d’Algérie bien suivie

Mardi 14 mai, de nombreux adhérents ont assisté à la dernière conférence de la saison à l’espace Ar Veilh. Sur l’estrade, la sociologue et écrivain Anne Guillou a évoqué la guerre d’Algérie. L’auteure de « Une embuscade dans les Aurès » et « Terre de Promesses » est revenue sur le conflit et s’est attardée en début de conférence sur l’histoire commune à la France et au pays du Maghreb dès le XIXe siècle. La dernière conférence de la saison aura lieu mardi 4 juin à 14 h à la salle Ar Sterenn de Châteauneuf-du-Faou. Au programme : « La rage, maladie du passé ? », par Nicolas Baron, professeur agrégé d’histoire-géographie.

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Soleil brûlant en Algérie de Gaétan Nocq (La Boîte à Bulles)

C’est l’histoire d’un jeune soldat réquisitionné pour le service militaire et qui découvre la réalité de la guerre d’Algérie qui fait l’objet de cette Présentation BD du Jour avec Soleil brûlant en Algérie de Gaétan Nocq qui vient de sortir chez La Boîte à Bulles.

A l’occasion de la parution du nouveau livre de Gaétan Nocq (Le Dossier W., Daniel Maghen), l’éditeur nous propose une réédition grand format qui sublime encore plus les paysages algériens.

Présentation de l’ouvrage

Appelé du contingent, Alexandre dit Tiko, 21 ans, débarque en 56 sur les collines brûlées d’Algérie, déjà secouées par la guerre d’Indépendance. Sur le chemin qui le mène d’Alger à l’école d’infanterie de Cherchell, il découvre avec fascination cette terre inconnue et son éblouissante lumière. Mais bien que son œil et son âme soient à même de savourer la beauté des montagnes algériennes, Alexandre peut difficilement fermer les yeux sur ce qui se passe alentour.

Car depuis sa caserne, l’apprenti soldat ne découvre pas seulement le quotidien du service militaire : il découvre aussi ce que représentent fameux « événements d’Algérie », euphémisme de l’époque pour désigner une guerre coloniale…

Mots de l’éditeur : Un témoignage authentique sur une guerre trop longtemps étouffée mais qui a marqué une génération de jeunes hommes, dans chaque famille.

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Bollène rend hommage au général défenseur des Harkis, Hélie de Saint-Marc

Par , France Bleu Vaucluse

Des associations d’anciens combattants, des Harkis et leurs proches se sont rassemblés samedi 11 mai à Bollène, pour rendre hommage à Hélie Denoix de Saint-Marc, ancien parachutiste durant la guerre d’Algérie et défenseur des Harkis. La mairie a rebaptisé la rue du 19 mars 1962 au nom de ce général. La plaque a été dévoilée dans la matinée. L’après-midi, les participants se sont rendus à la salle des fêtes de Bollène pour assister à une projection en son honneur : « Hélie de Saint-Marc, témoin du siècle » de la réalisatrice Marcela Feraru.

Les 650 spectateurs étaient très émus en sortant de la salle, à l’instar de cette Bollénoise : « C’est tout à fait ce que l’on ressent en tant que pied noir. On a tellement menti sur notre histoire que ça remet les choses à leur place. » Un peu plus loin, Fatima Kefif, présidente de l’Union départementale des anciens combattants français musulmans du Rhône, a fait le déplacement de Lyon pour assister à cet hommage. « Harkis ou FLN, ce n’était jamais un choix », tient-elle à rappeler.

Une « belle reconnaissance »

L’organisatrice de l’événement est Rachida Amallou Amri, présidente l’association des anciens combattants français musulmans de Bollène. Pour cette fille de Harki, ce rassemblement était une belle reconnaissance : « On s’est tous retrouvés, nous enfants de Harkis, quelques Harkis, la fille de Hélie Denoix de Saint-Marc, la réalisatrice roumaine Marcela Feraru… «  Cette dernière insiste sur l’importance du devoir de mémoire: « J’avais 18 quand j’ai rencontré Hélie de Saint-Marc, je ne savais pas qui c’était. Le mot Harkis on l’a entendu quand on avait 15 ans, on ne le prononçait pas car c’est comme si c’était un gros mot. »

La maire de Bollène Marie-Claude Bompart était présente cet hommage au général, comme un juste retour des choses : « Le 19 mars n’a jamais été la fin de la guerre d’Algérie, ça a été le début du terrible massacre des Harkis. Il était normal qu’après tant d’années de mensonges, on revienne à la vérité. »

Concernant le changement de nom de rue effectué le matin, certains anciens combattants, qui n’ont pas souhaité s’exprimer, sont très en colère.

Journée Défense et Citoyenneté : la guerre d’Algérie au menu des jeunes

C’est un passage obligé réalisé l’an dernier par 2.514 jeunes, à l’occasion des 56 sessions programmées en Bigorre par le centre du service national de la jeunesse. Souvent «barbante», la journée Défense et Citoyenneté a pris, ce mardi, une teneur exceptionnelle à la faveur de l’exposition «Mémoires de la guerre d’Algérie» qui se tient au haras de Tarbes, jusqu’à demain soir (elle se conclura par une conférence, vendredi, à 18 heures).

Outre le programme traditionnel (tests de français qui ont permis de détecter 286 jeunes en difficulté l’an dernier, présentation des métiers de la défense, informations jeunesse et citoyenne…), les 50 jeunes Bigourdans se sont donc penchés sur une période de l’histoire encore mal ou méconnue : le conflit franco-algérien. Pour ce faire, en plus des nombreux documents qui peuplent l’exposition, ils ont bénéficié des témoignages d’anciens de la guerre d’Algérie mais aussi de spécialistes du sujet, à l’image de l’auteur de ce recueil paru aux éditions Le Solitaire «Et… il y avait l’Algérie». «On y retrouve le témoignage de sept personnes qui vivent aujourd’hui dans les Hautes-Pyrénées mais ont un rapport fort avec ce pays et ce conflit, explique-t-elle. J’essaie d’expliquer aux jeunes cette guerre de façon simple, sans tricher et sans polémiquer. Beaucoup n’en ont jamais entendu parler vraiment. Mais ils sont très attentifs et curieux.»

Ce conflit, qui débute officiellement à la Toussaint 1954, n’est abordé que très succinctement dans les livres d’histoire. Aussi, Franck Montagnol, le directeur de l’Onac-VG dans les Hautes-Pyrénées, prend le temps nécessaire pour recontextualiser cette guerre, ses origines, ses conséquences. En toute franchise. Mettant ainsi une histoire et du sens sur des termes comme harkis, pieds-noirs… «Aujourd’hui, on doit pouvoir parler de ce conflit de façon décomplexée et objectif, assure Franck Montagnol. Surtout avec ces jeunes. Ce sont leurs grands-parents. Mais c’est souvent un sujet que l’on ne sait pas aborder parce que ceux qui l’ont vécu n’en parlent pas. Toutes ces choses difficiles, ces horreurs, cette défaite militaire, aussi, font que ce n’est pas très glorieux. Là, on montre l’état d’esprit de ces jeunes qui ont été envoyés là-bas sans savoir vraiment où ils paraient. On parle d’une génération traumatisée, qui a beaucoup souffert, sans jamais le dire. C’est important d’en parler tant qu’il y a ces témoins.» Une contribution essentielle à une histoire commune, fédératrice d’un destin commun.

Andy Barréjot

“C’est un monument aux morts de papier” : la mémoire préservée à Caen au Service Historique de la Défense

Dans son centre d’archives caennais, le Service Historique de la Défense conserve des milliers de documents d’archives relatifs aux victimes des conflits contemporains, notamment des deux guerres mondiales. Nous vous proposons une immersion dans ce précieux lieu de mémoire, où la vie se raconte.

(…)

Episode 4 : Jules, étudiant en histoire, et la mémoire des Harkis

Joseph, étudiant en Histoire de l’université de Caen, est un habitué de la salle de lecture. Dans le cadre de son travail de recherche sur le rôle des harkis auprès de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, il doit consulter plus de 1800 dossiers nominatifs, un travail fastidieux et de très longue haleine.

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