Une bande dessinée pour le C.D.I. : « Les carnets d’Orient de Jacques Ferrandez »

Une bande dessinée pour le C.D.I. : Les carnets d’Orient de Jacques Ferrandez, 10 volumes publiés chez Castermann.

La bande dessinée peut se révéler un précieux complément à l’enseignement de l’Histoire. Il faut pour cela qu’aux qualités graphiques, s’ajoutent la solidité d’un scénario et, pour notre propos d’enseignant, l’exactitude historique ou, tout au moins, qu’elle propose un scénario plausible. C’est le cas des carnets d’Orient de Jacques Ferrandez

L’ouvrage :

il s’agit de 10 volumes publiés chez Castermann entre 1986 et 2009. Cinq se situent pendant la période de l’Algérie coloniale et cinq pendant la guerre d’Algérie.

Les cinq premiers volumes couvrent la période des années 1830 jusqu’en 1954. Le premier volume raconte l’histoire de Joseph Constant qui, venu à Alger auprès d’un ami peintre à l’époque où l’orientalisme fascinait de nombreux artistes, tombe amoureux d’une algérienne, Djemila. Il couvre son voyage de carnets de croquis légendés qui donnent le titre des 1O volumes : Carnets d’Orient et en constituent le fil rouge. Les personnages (dont certains sont parfois nourris de références familiales de l’auteur) se trouvent alors insérés dans « la grande » Histoire.   C’est l’occasion d’assister à la campagne pour prendre Constantine. Bugeaud, Abd el-Kader, la révolte de Mokrani, la diversité du peuplement « européen » et les débuts difficiles des premiers colons, la célébration du centenaire de l’Algérie française en 1930, les retombées des guerres mondiales et l’ombre de la guerre d’Indochine servent de toile de fond au scénario.

Les personnages puis leurs descendants évoluent alors dans cette Algérie coloniale et se trouvent finalement confrontés à la guerre d’indépendance.

Les Carnets d’Orients présentent des situations complexes dans lesquels de simples individus se trouvent confrontés à des choix parfois douloureux. Les différents points de vue des protagonistes sont mis en lumière. Les fractures, à l’intérieur même de chaque communauté sont mises en valeur. A la figure du grand colon sûr de sa puissance et de ses droits, s’opposent les figures arabophiles.

Les cinq derniers volumes sont consacrés à la guerre d’Algérie et s’achèvent en 1962.

Les albums 6 à 10 ont l’avantage de traiter d’une période courte de 8 ans et donc de suivre l’évolution complexe de personnages qui se fréquentaient avant le début de l’insurrection et dont les évolutions permettent de saisir la nature du drame de la guerre d’Algérie.

Cette fiction rappellera à certains le propos des « Chevaux du soleil » du roman de Jules Roy ou de la version télévisée qui en fut tirée dans les années 1980.

Chaque album est précédé d’une introduction rédigée par des historiens, des romanciers, des réalisateurs : Jean Claude Carrière, Jules Roy, Benjamin Stora, Louis Gardel, Gilles Kepel, Bruno Etienne, Michel Pierre, Fellag, Maïssa Bey.

Voir proposition d’utilisation pédagogique en fin de fiche

L’auteur :

Jacques Ferrandez est né à Alger en 1955. Les Carnets d’Orient ont reçu de nombreuses distinctions.

Sa démarche est clairement exprimée lors d’une interview. À la question : « Vous ne prenez pas parti. C’est un choix délibéré ? » Jacques Ferrandez répond : « J’essaie de faire circuler ma caméra entre les différents protagonistes. Comme un narrateur omniscient. Je ne condamne personne dans cette histoire là, sauf bien sûr les actes de barbarie et ceux qui se sont délectés de la violence. L’Histoire est faite de tous ces destins individuels, ces braves types confrontés à des situations impossibles où se révèlent les caractères. Chacun possède une part d’ombre qui peut se révéler selon les situations, comme par exemple dans L’ennemi intime, ce documentaire de Patrick Rotman qui a donné le scénario du film de fiction du même nom. On y voit que cette part de soi-même peut surgir dans des circonstances extrêmes et donner libre cours au pire comme au meilleur. C’est cette part d’ombre qui m’intéresse dans mes personnages ».

Voilà un ouvrage qu’il est intéressant de signaler à nos élèves car il montre l’interférence souvent dramatique entre les destins individuels et une Histoire qui les dépasse. Il présente l’avantage d ‘être un antidote aux lectures manichéennes de l’Histoire. Il instruit tout en conduisant à la réflexion.

Suggestions d’utilisation pédagogique :

. Une lecture à conseiller car une bande dessinée de cette qualité apporte une densité de vivant au cours d’histoire et inscrit les relations entre la France et l’Algérie dans un temps long. Le refus du manichéisme qui anime ce travail place les hommes dans des circonstances dramatiques et montre la diversité des expériences humaines, la difficulté des choix et est donc une éducation à refuser les explications simplistes.

. Des pages à utiliser en classe : le choix de quelques pages projetées en classe (outre l’incitation à lire l’ensemble des albums) permet d’aborder des thèmes que le professeur développera en montrant l’actualité de la mémoire de la guerre d’Algérie et le rôle d’un vecteur original parmi d’autres (l’occasion d’évoquer le rôle du roman, du cinéma etc, parallèlement au travail des historiens)

. La possibilité de faire produire un exposé par un ou des élèves. Un travail d’analyse de la bande dessinée qui présenterait l’évolution de quelques personnages pendant la guerre d’Algérie. D’autres thèmes pourraient être suggérés : les Algériens pendant la guerre d’Algérie/ l’armée française pendant la guerre d’Algérie/ la population européenne pendant la guerre d’Algérie etc.

Afin de faciliter l’utilisation de cette bande dessinée, voici de façon synthétique, le contenu des albums 6 à 10 consacrés à la période de la guerre d’Algérie.

Présentation des principaux personnages (que l’on présente en fait dans l’album n° 5 :Le cimetière des Princesses et au début de l’album n° 6 La guerre fantôme) :

. Ali : jeune musulman, ami entre autres d’Antoine, Marianne, Samia… ; très attaché à la culture musulmane, rejoindra le mouvement indépendantiste

. Antoine : fils de Noémie et du frère de Casimir, ce qu’il découvre tardivement. S’engage dans l’armée, participe à la France Libre puis fait la guerre d’Indochine (prisonnier lors de Dien Bien Phu), revient en Algérie comme capitaine. Il noue une relation amoureuse avec Samia.

. Casimir : mariée à Noémie qui tient une grande propriété familiale puis chassée par elle. Il découvre qu’Antoine, n’est pas son fils mais celui que sa femme a eu avec son frère.

. Marianne : jeune fille pied-noir, élève aux Beaux Arts, tombe amoureuse de Sauveur. Elle achète chez un brocanteur les carnets d’Orient de Joseph Constant (carnet qui seront perdus lors d’un accident de voiture avant d’être retrouvés par Saïd).

. Momo, musulman fin connaisseur d’Alger

. Noémie : exploite une grande propriété (peu à peu en faillite), elle incarne l’image traditionnelle du colon/ Mère d’Antoine, mariée à Casimir.

. Samia : jeune arabe francisée, étudiante en médecine. Elle est tiraillée entre deux identités. Elle tombe amoureuse d’Antoine.

. Sauveur, jeune homme pied-noir, suit des études pour devenir médecin, amoureux de Marianne

Album n°6 : La guerre fantôme

Saïd découvre les carnets d’Orient/ Concurrence école coranique et école française/ le garde champêtre musulman est un ancien combattant/ évocation de Camus/ Samia suit des études de médecine/ parler « pied-noir »/ annonce de l’insurrection du 1er novembre 1954/ déchirures internes au mouvement nationaliste algérien/ un courant rigoriste (interdiction du tabac, de l’alcool, des jeux de hasard…), sanction aux récalcitrants (nez et oreilles coupées)/ la montée au maquis pour certains/ le poids de la guerre d’Indochine pour certains militaires français (notamment les anciens prisonniers)/ évocation de Jules Roy/ la population algérienne entre deux feux doit choisir son camp/ collecte de l’impôt révolutionnaire/ assassinat du garde champêtre par les nationalistes algériens/ divisions internes au sein de l’armée française à propos des méthodes de lutte employées/ le père de Saïd, le petit garçon aux cahiers, est arrêté par l’armée française/ Saïd récupéré par l’armée française/ Samia amenée à soigner des blessés nationalistes/ allusion à l’opération de Suez (1956)/ interception de l’avion de Ben Bella par l’armée française/ attentat à la bombe au Milk bar/ Samia noue une relation amoureuse avec Octave.

Album n° 7 : Rue de la bombe

Contre terrorisme des Ultras/ tensions entre les humanistes et les ultras de tous bords/ Samia confrontée à des choix/ Bombe à La Cafétéria/ Assassinat d’Amédée Frogier/ Attentat à la bombe à l’Otomatic/ grève/ retournement d’ex-FLN (bleus de chauffe)/ Octave dénonce la torture/ bataille d’Alger/ Samia, suspecte, prisonnière du commandant Loizeau/ Samia libérée par le commandant qui la manipule/ Samia retourne au maquis et livre le nom de « traitres » (en fait, elle est manipulée ; allusion à une méthode utilisée par l’armée française pour provoquer des purges internes au FLN)/. Samia y retrouve Bouzid mais est suspectée par le FLN d’être une traitre à la cause indépendantiste, elle est torturée/ Apprenant la manipulation de Samia par le commandant Loizeau, Antoine frappe ce dernier/ Antoine se fixe comme objectif de libérer Samia

Album n°8 : La fille du Djebel Amour

Antoine à la tête d’une opération qui permet la libération de Samia/ Villages de regroupement/suicide de Ali en prison/ Le colonel refuse la démission d’Octave et lui propose une mission dans les SAS/ Octave affecté au S.A.S. avec Samia/ lutte entre le FLN et le MNA/ portrait d’un algérien qui a combattu dans l’armée française (Monte Cassino, Vosges/ Indochine)/ tensions entre Arabes et Kabyles/ violence du FLN contre les villageois/ le 13 mai 1958/ Samia, une arabe francisée

Album n°9 : dernière demeure

Antoine et Samia partis au Canada/ paix des braves/ bleuïte/ épuisement des maquis/ commandos de chasse/ extraits d’allocutions de de Gaulle/ évolution de Sauveur, le mari de Marianne/ retour d’Octave à l’occasion de la mort de Casimir/ plan Challe/ portait d’Alger/ allusion à l’abrogation du décret Crémieux en 1940/ personnage de Jacky, avocat juif/ Octave est un ancien de la France Libre/ atrocités de deux côtés/ départ de Samia après sa rencontre avec Bouzid/ mort de Camus/ semaine des barricades (1960)/ baraka, ancien harki, devient cafetier.

Album n° 10 : Terre Fatale

Antoine accepte la mission au Djebel Amour (avec l’espoir d’y retrouver Samia)/ village de regroupement/ Antoine retrouve Saïd/ groupes d’autodéfense et harkis inquiets d’un abandon éventuel par la France/ zone interdite/Samia connait des troubles d’identité/ purges internes au FLN/ Marianne et Sauveur partent à Paris/ Ahmed et Bouzid à Alger/ le colonel verse dans le putsch (1961)/ Samia à Paris avec son bébé/ l’avocat Jacky Tobalen, animateur du mouvement libéral invité à l’émission « Cinq colonnes à la Une »/ Jacky assassiné/ Octave rejoint le putsch/ allusion discrète à Elie Denoix de Saint Marc/ le colonel rejoint l’OAS/ Octave incarcéré à la Santé pour avoir rejoint le putsch/la librairie Charlot victime d’un plasticage de l’OAS/Octave (10 mois avec sursis) libéré se rend à Paris/ 17 octobre 1961 ratonnade à Paris/ rôle des « barbouzes » à Alger/ climat de violence extrême, assassinats, plasticages/ fusillade de la rue d’Isly/Saïd et Baraka paniquent/Saïd remet les carnets à Antoine/ départ des pieds noirs.

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On peut se reporter au site « carnets d’Orient docs.flammarion.com » qui présente également des pistes intéressantes d’utilisation.

Fiche réalisée par Claude Basuyau

 

 

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