Les lieux de mémoire de la guerre l’indépendance algérienne

D’Emmanuel Alcaraz

Karthala, 2017

Description

Cet ouvrage se propose de revisiter la mémoire nationale algérienne pour montrer combien celle-ci participe à fois à la légitimation et à la contestation du pouvoir dans une société façonnée par la guerre d’indépendance, comme l’illustre le rôle majeur de l’armée encore aujourd’hui. L’auteur développe une perspective critique du nationalisme mémoriel algérien et met à jour la pluralité des points de vue, reflet de la diversité en Algérie. Il contribue ce faisant à éclairer les fondements de la crise identitaire que traverse la société algérienne, qui peine à élaborer un projet de « vivre ensemble » et à faire émerger une citoyenneté faisant consensus. Cette question se pose avec acuité après les « printemps arabes », et l’affaiblissement de la légitimité révolutionnaire des dirigeants algériens. En étudiant « l’histoire vue de l’autre côté », à travers des sources d’une grande amplitude (enquêtes de terrain en Algérie réalisées de 2006 à 2017, étude des musées et des monuments commémoratifs, archives militaires et judiciaires), l’auteur se positionne de manière originale par rapport au contentieux mémoriel franco-algérien. Il propose une histoire connectée des mémoires, faisant la part belle à une analyse critique des usages algériens du passé et des imaginaires sociaux que ces mémoires construisent. « L’histoire à parts égales » n’est-elle pas un devoir pour parvenir à une «juste mémoire» ?

Préface d’Aïssa Kadri

Naissance d’une nation (3/4) Guerre d’indépendance : des mémoires multiples… et concurrentes ?

1958-2019. A l’image de bien d’autres mémoires de conflits armés, la mémoire de la guerre d’indépendance se révèle depuis bientôt 60 ans rétive aux tentatives du pouvoir algérien pour la corseter, l’enfermer dans un récit national univoque. La Fabrique analyse ce feuilletage complexe des mémoires…

Emmanuel Laurentin et Séverine Liatard s’entretiennent avec Emmanuel Alcazar, historien et auteur de Les lieux de mémoire de la guerre d’indépendance (Karthala), Karima Dirèche, historienne directrice de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain de Tunis et Nedjib Sidi Moussa, sociologue, auteur de Algérie, une autre histoire de l’indépendance (PUF).

Emmanuel Alcaraz : On assiste en effet à une réappropriation de cette mémoire de la guerre d’indépendance dont le pouvoir revendiquait jusque-là le monopole. On a vu par exemple des étudiants déposer des post-it sur la stèle dédiée Maurice Audin, militant communiste et anti-colonial français.

Nedjim Sidi Moussa : On a vu la foule brandir des portraits de dirigeants nationalistes et de maquisards minorés ou stigmatisés par l’histoire officielle comme Krim Bel Kacem, Amirouche, Si El-haouès ou Mostefa Ben Boulaïd. Même le portrait de Messali Hadj a été brandi à Tlemcen. Alors que le pouvoir algérien s’est toujours montré réticent à reconnaître le pluralisme du mouvement anti-colonial (le courant incarné par Ferhat Abbas, ou plus encore celui incarné par Messali Hadj, longtemps ostracisé) et que, d’autre part, les communistes ont été délégitimés par les conservateurs arabo-islamiques – ces symboles qui resurgissent aujourd’hui font le lien entre la révolution d’hier et la révolution démocratique d’aujourd’hui, en soulignant la difficulté de l’Algérie à construire une mémoire de la guerre d’indépendance qui reflèterait l’ensemble des sensibilités qui se sont exprimées au sein du mouvement anti-colonial.

Karima Dirèche : Dès l’indépendance, l’histoire en tant que discipline a été kidnappée par le pouvoir, pour aboutir à un récit national figé, héroïque et martyrologique. Alors que cette histoire officielle s’est maintenue dans les programmes scolaires et les pratiques pédagogiques, elle a été progressivement discréditée : on continue de l’apprendre mais on n’y croit pas. De la même façon que la rue aujourd’hui renvoie les élites politiques algériennes qui continuent de mobiliser une rhétorique d’arrière-garde héritée d’un logiciel obsolète aux attentes d’une société qui sont à des années-lumière. On assiste aujourd’hui à un déverrouillage complet des enjeux mémoriels sensibles.

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Colloque EPHMGA

À l’occasion de ses dix années d’activité, l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie vous invite à venir participer à son prochain colloque

MÉMOIRE DE LA GUERRE D’ALGÉRIE EN 2019
LA PLACE DES ARCHIVES NATIONALES ET INTERNATIONALES

11 AVRIL 2019
À L’AUDITORIUM DE L’HÔTEL DE VILLE DE PARIS
DE 9H00 à 17H00



PROGRAMME


09h30
– Accueil par Catherine Vieu-Charier, adjointe à la Maire de Paris, chargée de la Mémoire et du Monde Combattant, Correspondant-Défense
09h45 – Ouverture par Jean-Pierre Louvel, président de l’Espace Parisien Histoire Mémoire Guerre d’Algérie
10h00 – « Déjà 10 ans… », par Jean Laurans, président honoraire de l’EPHMGA

10h15 – SÉANCE INTRODUCTIVE
par Benjamin Stora (Historien, professeur des universités, spécialiste du Maghreb contemporain)
Questions du public

11h15 – Table ronde
L’ÉCRITURE DE LA GUERRE D ALGÉRIE
Jean-Jacques Jordi (Spécialiste l’histoire de la colonisation et de ses acteurs)
Marius Loris (Doctorant à l’Université Paris 1 Sorbonne)
Guy Pervillé (Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse)
Tramor Quémeneur (Chargé de cours à Paris 8, membre du Conseil d’orientation du Musée national d’histoire et d’immigration)
Modérateur : Benjamin Stora
Questions du public

12h30 – Déjeuner buffet

14h – Table ronde
LES ARCHIVES DE LA GUERRE D’ALGÉRIE, UN OUTIL POUR L’ENSEIGNEMENT
Avec
Claude Basuyau (Professeur d’Histoire au Lycée Buffon, Paris XVe)
Benamar Benzemra (Conseiller Défense-Mémoire et Proviseur du Lycée Kandinsky, 92)
Claire Bonnin (Professeure d’Histoire à la Maison d’Éducation de la Légion d’Honneur de Saint-Denis, 93)
Abderahmen Moumen (Chargé de mission à l’ONAC-VG)
Modérateur : Paul Max Morin (Doctorant-Sciences Po Paris-CEVIPOF)
Questions du public

15h30 – Table ronde
LES ARCHIVES NATIONALES ET INTERNATIONALES EN QUESTIONS
Avec
Commandant Romain Choron (Service Historique de la Défense)
Jean-Paul Guéroult (Documentaliste à l’INA)
Emmanuel Thomassin (ECPAD)
Rosa Olmos (Département des archives écrites et audiovisuelles de La Contemporaine) (sous réserve)
André Rakoto (Directeur de l’ONACVG de Paris)
Modérateur : Hervé Serrurier (Conseiller-mémoire à l’ONACVG de Paris)
Questions du public

17h00 – Fin du colloque

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Un colloque national pour les Harkis à Évian en 2020 ?

Une délégation du comité national de liaison des Harkis, présidé par Boaza Gasmi, a été reçue par Josiane Lei, maire d’Évian-les-Bains (Haute-Savoie), qui a noté tous les détails de leur important préjudice subi pendant les années qui ont suivi le cessez-le-feu en Algérie en 1962.

Le président Boaza Gasmi a demandé au maire l’autorisation d’organiser un colloque national courant 2020 dans la ville historique des accords qui mirent fin à la guerre d’Algérie, afin de sensibiliser la population sur le sort qui a été réservé aux Harkis (Algériens qui ont combattu aux côtés des Français pendant la guerre d’Algérie) dans les années 60.

Josiane Lei a donné son accord de principe avant de soumettre la proposition au conseil municipal.

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BD: Le Dernier Atlas imagine une uchronie sur la guerre d’Algérie

Le Dernier Atlas imagine une histoire alternative de l’Algérie. Une manière pour ses auteurs d’évoquer sous le couvert de la fiction le traumatisme lié à la guerre d’Algérie et de l’exorciser.

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Hommage au Général Jacques de Bollardière à Carhaix

Depuis quelques années, la ville de Carhaix rend hommage, sous forme de statues, à des Bretonnes et Bretons célèbres comme les Sœurs Goadec, Anatole Le Braz ou plus récemment 4 champions cyclistes dont Le Peuple breton a parlé en 2018 (la prochaine statue sera Angela Duval). En ce 19 mars 2019, commémoration de l’armistice signé à la fin de la Guerre d’Algérie, c’est à l’Histoire que la ville a rendu hommage avec l’inauguration de la statue du Général de Bollardière. Le Peuple breton y ajoute son épouse Simone.

Et justement, Simone aurait voulu être présente. Mais à 97 ans, elle n’a pas pu faire le déplacement. La cérémonie s’est en revanche déroulée en présence des 3 filles du couple, dont Armelle Bothorel, maire de La Méogon (22). Celle-ci a lu devant ses sœurs Soisik et Marion un très beau témoignage sur la vie de leur père, ou plutôt de leurs parents qui ont toute leur vie œuvré dans le même sens.

Dans son discours, elle nous disait ceci : « Cet hommage nous le partageons avec tous ceux qui ont combattu aux côtés de mon père, dans les sombres heures de notre pays, avec toutes les personnes sur les deux rives de la Méditerranée pour lesquelles l’engagement de mon père a été une lumière d’espérance, avec tous ceux qui, avec lui, ont ouvert les voies d’une résolution non-violente des conflits, avec tous ceux qui œuvrent pour que la Bretagne soit belle, vivante, libre, solidaire et dynamique et à laquelle mon père était si attaché. »

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Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire

LE FIGARO HISTOIRE – Guy Pervillé ne cède rien aux récits partisans et sélectifs, et établit la vérité des faits à propos de cette guerre qui prit fin en 1962 mais qui se poursuit dans les esprits.

L’un des meilleurs spécialistes de la guerre d’Algérie, Guy Pervillé, se distingue par la qualité et l’honnêteté de ses travaux, qui tranchent sur une production trop souvent livrée aux récits militants et passionnés. C’est pourtant la passion de la vérité qui anime son Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie, laquelle retrace par le menu l’histoire de l’Algérie coloniale, les «événements» de 1954 à 1962 et leur réécriture, la lutte des mémoires et enfin l’historiographie de la guerre d’Algérie, soumise au feu conjoint des politiques et des revendications mémorielles. Complète et scrupuleuse, cette excellente synthèse ne se contente pas d’éclairer le moindre recoin d’un sujet ô combien sensible. Assortie d’un témoignage très personnel de l’auteur sur son expérience de chercheur, elle est un modèle de ce que devrait être toute œuvre d’historien.

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Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, Guy Pervillé, Vendémiaire, 22 novembre 2018, 672 pages, 26 €.

Sur France 3 : “Des soldats à la Caméra – Algérie 1954-1962 ”, une vision intime de la guerre

D’anciens combattants de la guerre d’Algérie convoquent leur mémoire, ravivée par des images qu’ils ont saisies eux-mêmes. Le film de Jean-Pierre Bertin-Maghit se veut une réflexion sur le cinéma amateur. Un regret : les maints sujets abordés manquent de profondeur. Sur France 3 Aquitaine, ce lundi 25 mars à 23h50.

Ayant lu A travers le viseur, dans lequel l’historienne Claire Mauss-Copeaux commente des photos prises en Algérie par des appelés du contingent, son confrère Jean-Pierre Bertin-Maghit, professeur émérite à Paris 3, s’est enquis de l’existence de films amateurs tournés durant la même période. « Les caméras coûtaient alors quatre à cinq fois plus cher que les appareils photo, précise-t-il, et trois minutes de pellicule noir et blanc la solde mensuelle d’un soldat de deuxième classe. » Ses recherches ne sont pourtant pas restées vaines. Des quelque soixante-dix films qu’il a réunis, tournés entre 1954 et 1962 par une trentaine d’hommes qu’il a pu rencontrer, il a tiré un livre, paru en 2015 : Lettres filmées d’Algérie. Il a aussi réalisé un film, programmé ce lundi 25 mars à 23h50 sur France 3 Aquitaine, et disponible dès le lendemain sur le site de la chaîne. Quatre anciens cinéastes amateurs y sont confrontés à la projection de leurs propres prises de vues, dans un dispositif appelé à raviver leur mémoire et à sollicite

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Conférence: 1954-1962: Germaine Tillion dans l’Algérie en guerre

>Une conférence-débat sur l’Algérie des années cinquante

Au moment où l’Algérie revient sur le devant de l’actualité, cette conférence-débat se propose de revisiter une période clef de son histoire, au travers du rôle politique que joua dans les années cinquante, Germaine Tillion, personnalité de la Résistance française.

Après ses missions ethnologiques dans l’Aurès, juste avant la seconde guerre mondiale, Germaine Tillion gardera un lien indélébile avec l’Algérie, qui prendra de multiples formes. Elle sera, sur la suggestion du grand orientaliste Louis Massignon et à la demande de François Mitterrand, Ministre de l’Intérieur, amenée, dès décembre 1954 à enquêter sur la situation dans les Aurès.

Elle est l’auteure d’un rapport sur l’Algérie, Algérie 1957 paru en pleine guerre aux éditions de Minuit, dans lequel elle dénonce la « clochardisation » du pays, qui reçut un accueil controversé et donna lieu à plusieurs rééditions… Entrée au cabinet du Gouverneur Général Jacques Soustelle, elle initiera la création de Centres Sociaux destinés notamment à donner une éducation de base à la population algérienne. Elle rencontra secrètement et officieusement dans la Casbah Youssef Saadi, dirigeant FLN, et obtint de lui une trêve dans les attentats contre les civils. Germaine Tillion prit position contre la torture et s‘engagea pour obtenir la grâce de nombreux condamnés à mort…

Son approche de l’Algérie est marquée de son expérience dans les camps de concentration. « La famille humaine n’a pas de drapeau », écrit-elle.

En liaison avec l’exposition de photos, qui se déroule actuellement à la Médiathèque, ces différentes positions seront au cœur d’une table-ronde qui se tiendra le jeudi 14 mars à partir de 18 h à l’Hôtel Dupanloup (Centre International Universitaire pour la Recherche, rue Dupanloup, Orléans).

Avec Christian de Montlibert, sociologue, spécialiste de l’Algérie, Jérôme Bocquet,  Maitre de conférences en histoire, Université d’Orléans et Guy Basset, auteur d’ouvrages sur l’histoire culturelle de l’Algérie.

Débat animé par Philippe Voisin, ancien réacteur en chef de France 3.

Une initiative proposée par l’ASLA (Association Solidartité Loiret-Algérie) et Magcentre.fr

Tous renseignements : Gérard Poitou 06 80 59 29 62