Conférence: 1954-1962: Germaine Tillion dans l’Algérie en guerre

>Une conférence-débat sur l’Algérie des années cinquante

Au moment où l’Algérie revient sur le devant de l’actualité, cette conférence-débat se propose de revisiter une période clef de son histoire, au travers du rôle politique que joua dans les années cinquante, Germaine Tillion, personnalité de la Résistance française.

Après ses missions ethnologiques dans l’Aurès, juste avant la seconde guerre mondiale, Germaine Tillion gardera un lien indélébile avec l’Algérie, qui prendra de multiples formes. Elle sera, sur la suggestion du grand orientaliste Louis Massignon et à la demande de François Mitterrand, Ministre de l’Intérieur, amenée, dès décembre 1954 à enquêter sur la situation dans les Aurès.

Elle est l’auteure d’un rapport sur l’Algérie, Algérie 1957 paru en pleine guerre aux éditions de Minuit, dans lequel elle dénonce la « clochardisation » du pays, qui reçut un accueil controversé et donna lieu à plusieurs rééditions… Entrée au cabinet du Gouverneur Général Jacques Soustelle, elle initiera la création de Centres Sociaux destinés notamment à donner une éducation de base à la population algérienne. Elle rencontra secrètement et officieusement dans la Casbah Youssef Saadi, dirigeant FLN, et obtint de lui une trêve dans les attentats contre les civils. Germaine Tillion prit position contre la torture et s‘engagea pour obtenir la grâce de nombreux condamnés à mort…

Son approche de l’Algérie est marquée de son expérience dans les camps de concentration. « La famille humaine n’a pas de drapeau », écrit-elle.

En liaison avec l’exposition de photos, qui se déroule actuellement à la Médiathèque, ces différentes positions seront au cœur d’une table-ronde qui se tiendra le jeudi 14 mars à partir de 18 h à l’Hôtel Dupanloup (Centre International Universitaire pour la Recherche, rue Dupanloup, Orléans).

Avec Christian de Montlibert, sociologue, spécialiste de l’Algérie, Jérôme Bocquet,  Maitre de conférences en histoire, Université d’Orléans et Guy Basset, auteur d’ouvrages sur l’histoire culturelle de l’Algérie.

Débat animé par Philippe Voisin, ancien réacteur en chef de France 3.

Une initiative proposée par l’ASLA (Association Solidartité Loiret-Algérie) et Magcentre.fr

Tous renseignements : Gérard Poitou 06 80 59 29 62

Une stèle en mémoire des anciens d’Algérie

Jouxtant le monument aux morts du village, un bloc de granit, symbole de ce pays de Sanvensa. C’est sur celui-ci que dans quelques jours sera posée une plaque avec la mention : «1952-1962 Tunisie-Maroc-Algérie, 19 mars 1962, cessez-le-feu en Algérie, souvenons-nous !». Une première en Aveyron qui n’a pu voir le jour que grâce à la pugnacité d’anciens d’AFN du village que sont Jean Gineste et Roland Jonquières. «Avec l’installation de cette stèle, explique Jean Gineste, nous parachevons un travail de mémoire que nous avions commencé au cours de l’hiver 2017-2018», explique le président Gineste. Une poignée d’anciens regroupés autour de lui s’était lancée dans une entreprise de recensement de tous les jeunes de la commune qui entre 1952 et 1962 durent franchir la Méditérrannée. Grâce à ce travail de patience, une photo et le parcours de chacun des 56 jeunes sanvensacois qui ont participé à cette guerre dite «sans nom» ont été mis en avant. Tous ces documents, «pour la plupart d’époque», précise Jean Gineste, ont été rassemblés dans un superbe album déposé dans la mairie du village et qui témoignera pour les générations futures.

«Après ce long travail de recherche, poursuivent Jean Gineste et Roland Jonquières, l’idée d’ériger une stèle rappelant la guerre d’Algérie coulait de source…» Un bloc de granit en forme d’ogive, trouvé sur la commune, ferait l’affaire. Les agents techniques municipaux l’ont mis en place, et il n’attend plus que la plaque y soit déposée. Cette stèle souvenir et mémorielle sera inaugurée le 24 mars prochain, à l’occasion de la journée souvenir du cessez-le-feu en Algérie, organisée dans le village. Elle sera dévoilée sur le coup de 10 h 30 par une fillette et un garçon, tous deux petits-enfants d’anciens d’Algérie de la commune. Les porte-drapeaux de la FNACA de toutes les communes voisines seront présents afin de donner plus de lustre encore à cette journée. «Et après la lecture du message pour le 19 mars 2019, une chorale interprétera le chant «Algérie pays du soleil…», poursuit Jean Gineste.

EN SAVOIR PLUS

Médiathèque. Échanges autour de la guerre d’Algérie

Parmi la quinzaine de personnes présente, d’anciens appelés du contingent ainsi que des proches.

Anne Guillou, romancière et sociologue bretonne, était invitée samedi dernier à. la médiathèque du Roudour pour une rencontre dédicace avec son dernier livre « Une embuscade dans les Aurès », récit autobiographique paru chez Skol Vreizh.

Parmi la quinzaine de personnes présente, d’anciens appelés du contingent ainsi que des proches. Ils ont pu partager leurs vécus, leurs ressentis de cette période, et rappelé qu’à cette époque « les appelés et les cadres militaires avaient préféré couvrir d’une chape de silence ce conflit ». Un moment riche de souvenirs, d’histoire et d’émotions. L’auteure a également présenté ses coups de cœur pour quelques livres disponibles à la Médiathèque du Roudour.

Pratique
Médiathèque du Roudour. Pôle culturel Saint-Martin-des-Champs. Horaires d’ouverture : Lundi : fermé au public ; mardi : 15 h- 19 h ; mercredi : 10 h-12 h et 14 h-19 h. Jeudi : 15 h-19 h ; vendredi : 15 h-19 h ; samedi : 10 h-13 h et 14 h 18 h.

Montmorillon : la guerre d’Algérie filmée à hauteur de soldat

Le Majestic diffuse gratuitement jeudi soir le film « Algérie, des soldats à la caméra », coproduit par la Chambre aux fresques, société basée à Pindray

Comment est né ce documentaire basé sur des films amateurs réalisés par des soldats pendant leur service en Algérie ?

Thomas Schmitt, président de la Chambre aux fresques : « Le réalisateur Jean-Pierre Bertin-Maghit est historien du cinéma, il avait écrit un livre sur ces soldats, peu nombreux, qui ont tourné pendant la guerre d’Algérie. La plupart avaient des caméras Super 8. Beaucoup de ces collections privées ont été confiées aux cinémathèques régionales avec la volonté de les préserver. Le film se concentre sur quatre de ces soldats cinéastes amateurs. »

Pourquoi avaient-ils emporté leurs caméras, dans quelles conditions pouvaient-ils les utiliser ?

« Un des soldats voulait envoyer des « cartes postales » animées à ses parents. Un autre, à son arrivée, voulait presque faire un film de voyage. Un autre a tourné dans un esprit de reportage sur les combats, la vie au quotidien. Il y avait une tolérance vis-à-vis des caméras même si bien sûr ils ne pouvaient pas tout filmer, ni pendant les combats. L’un des quatre, qui était gradé, a pu filmer ce qu’il voulait. »

Ces images racontent une autre guerre que celles, officielles, du Service cinématographique des armées.

« Elles sont plus humaines, sans maquillage. Ces images montrent un quotidien ennuyeux, on sent la tristesse mais aussi la menace. Elles contrastent avec celles de l’armée qui sont bien éclairées, montrent des soldats propres et une guerre menée pour la bonne cause. »

Votre société est basée au château de Pruniers. Vous produisez des documentaires sur la région.

« La Chambre aux fresques a été créée en juin 2015. Nous avons fait le film « Le triomphe des images il y a mille ans » sur les fresques de Saint-Savin et nous sommes actuellement en train de produire un documentaire sur l’histoire ouvrière de Limoges. Nous faisons du documentaire, de l’animation courte et prochainement nous aborderons la fiction. »

Vous avez lancé une campagne de financement participatif pour la production d’un film sur l’accompagnement en fin de vie, les Equilibristes (www.proarti.fr).

« La réalisatrice Perrine Michel a suivi des soignants et la maladie de sa propre mère. Le film est en postproduction. Nous le présenterons à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes mais avons besoin encore d’un peu d’argent. Lors de sa sortie, ce film aura besoin d’accompagnement avec des débats, etc., ce qui demandera aussi des moyens. »
« Algérie, des soldats à la caméra ». A 20 h, jeudi au cinéma le Majestic, en présence du réalisateur Jean-Pierre Bertin-Maghit. Entrée gratuite. Projection en avant-première avant sa diffusion le 25 mars, vers 23 h 30, sur France 3.

Sébastien KEROUANTON

« Algérie, les oubliés du 19 mars 1962 »: un livre pour rappeler le drame des pieds-noirs, des rapatriés et des harkis

Quelques jours avant l’anniversaire des Accords d’Évian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie, un livre dénonçant le non-respect de ces accords dans les semaines qui ont suivi le cessez-le-feu vient de paraître: « Algérie, les oubliés du 19 mars 1962 » rappelle le drame qu’ont vécu à l’époque les pieds-noirs, les rapatriés et les harkis.

C’est en novembre 2012, sous le quinquennat de François Hollande, que le Parlement a adopté une proposition de loi socialiste faisant du 19 mars la « Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Mais « s’il y avait une date à éviter pour célébrer la guerre d’Algérie, c’était bien le 19 mars », estime le journaliste et écrivain Alain Vincenot, qui vient de publier Algérie, les oubliés du 19 mars 1962 (Ed. de l’Archipel).

Pour lui en effet, « tant voulus par le général de Gaulle et plébiscités, en métropole, par le référendum du 8 avril 1962, les Accords d’Évian ne furent jamais respectés » par les Algériens. Ils stipulaient, outre le cessez-le-feu, que les deux parties s’engageaient à « interdire tout recours aux actes de violence, collective ou individuelle », et pourtant « des civils, mais aussi des soldats français ont continué à mourir ou disparaître. Oubliés », souligne l’auteur.

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La Guerre d’Algérie vue par les habitants

« J’ai un peu servi de déclencheur. J’ai réveillé quelque chose qui dormait », lance Serge Chevalier. Ces jours-ci, le passionné d’histoire fait paraître « Mémoire et vécu de la Guerre d’Afrique du Nord », un livre regroupant 74 témoignages d’acteurs de la Guerre d’Algérie, tous habitants de Pleslin-Trigavou, où lui-même siège au conseil municipal depuis 1995.

Dans « Mémoire et vécu de la guerre d’Afrique du Nord », Serge Chevalier livre une galerie de portraits de pleslinois-trigavouais, embarqués dans la Guerre d’Algérie. Des témoins qui ont vécu de près ou de loin ce conflit et qui se sont livrés avec beaucoup de facilité au passionné d’histoire.

Serge Chevalier se définit comme un amoureux du passé, « surtout pas un historien ». En amont de ce travail considérable réalisé, tout a commencé par hasard : « Je vais chercher des pommes chez un copain, et je lui confie que j’ai envie d’écrire sur quelque chose. C’est lui qui me dit : « Écris mon histoire en Algérie ! » Même réaction chez un autre ami. Ça me fait alors deux témoignages. Me vient alors l’idée de raconter le destin des trois jeunes appelés décédés durant le conflit ».

400 heures de travail

De fil en aiguille, les récits s’additionnent. Face à lui, des appelés, des engagés, un légionnaire, un pied-noir, un gendarme en poste à Alger et un capitaine de navire, « mais pas de harki, alors que j’aurais bien aimé ». Mais aussi des épouses, des sœurs, des fils et des neveux. Qui se livrent tous, avec plus ou moins d’hésitation. « Souvent ils me disaient qu’ils n’avaient rien à raconter. Avant de me rappeler quelques jours plus tard », sourit l’auteur. Plus de 400 heures lui seront nécessaires pour recueillir ces témoignages rares, recouper les événements, les décrypter.

Son récit débute en 1947, un peu avant le début de la Guerre, et se clôt en 1964, deux ans après la fin officielle du conflit. Serge Chevalier déroule par ordre chronologique les événements auxquels ont assisté ces Pleslinois-Trigavouais : « J’explique comment on en arrive à ce mouvement d’insurrection, et comment de jeunes Français se sont retrouvés embarqués là-dedans ».

Beaucoup d’émotion

Des récits souvent peu faciles à entendre, mais nécessaires pour que la mémoire reste. Depuis le lancement de son projet en septembre, deux de ces témoins sont décédés. « C’est beaucoup d’émotion de rencontrer ces familles. On m’a confié des objets, des lettres ». Le livre est aussi une plongée dans le quotidien d’une guerre qui n’a longtemps pas porté son nom. L’historien et conférencier Jean-Paul Huet, qui signe la préface de l’ouvrage, termine d’ailleurs sur ces mots : « Puisse ce livre contribuer au souvenir et à la connaissance de cette période douloureuse de notre Histoire. »

Pratique
« Mémoire et vécu de la Guerre d’Afrique du Nord », 87p, paru à compte d’auteur, 15 €. Serge Chevalier dédicacera son ouvrage le 16 mars, de 14 h à 17 h à la mairie de Pleslin-Trigavou. Pour acheter ce livre, contacter l’auteur : tel. 06 83 99 24 52.

Béziers : le camp de Rivesaltes et les Algériens racontés à la Colonie espagnole

L’ancienne monitrice au Service de la Formation des Jeunes d’Algérie, Colette Garcia-Arnardi, apportera son témoignage, ce mercredi 6 mars, à 18 h 30, à la Colonie espagnole, sur son travail dans le camp de Rivesalte en 1962 et 1963.

Ce mercredi 6 mars, à 18 h 30, à la Colonie espagnole (1, rue de la Vieille -Citadelle à Béziers), Colette Garcia-Arnardi, apportera son témoignage  de monitrice, jusqu’en juin 1962, au Service de Formation  des Jeunes en Algérie, commandé par l’armée française, puis  celui  de novembre 1962 à juin 1963, au camp Joffre de Rivesaltes, centre de promotion sociale, en qualité de monitrice au Centre de préformation professionnelle féminine.

Un peu d’histoire

Pour rappel, le Service de formation des jeunes en Algérie (SFJA), est créé entre la crise du 13 mai 1958 et l’annonce, par De Gaulle à Constantine, du lancement d’un plan de développement économique et social en Algérie. Cet organisme hybride, à la fois civil parce qu’il dépend du gouvernement général et militaire parce qu’encadré par l’armée, fait de la formation des garçons et des filles une priorité, face à un déficit de la scolarisation des enfants musulmans. En 1954, plus de 80% d’entre eux ne sont pas scolarisés.

Les “indésirables étrangers”

Par ailleurs, il faut savoir que le camp de Rivesalte, qui a accueilli, dans un premier temps, les “indésirables étrangers”, dont les Espagnols qui fuyaient le franquisme (à partir de 1939 ) a aussi servi de camps de concentration pour les tziganes et les juifs, puis, a accueilli des prisonniers de guerre allemands, et enfin, à partir de 1962, d’abord des prisonniers du  du Front de Libération Nationale (FLN), suite à la guerre d’Algérie, puis les Harkis et leur famille.

ANTONIA JIMENEZ

Rencontre en trois temps, mercredi 13 mars, à 18 h 30, à la médiathèque Pierre-Moinot à Niort, grâce à l’association Niort en Bulles, avec l’historien de la bande dessinée Luc Revillon et l’auteure et scénariste de BD Claire Dallanges. Dans un premier temps, Luc Revillon évoquera ses récents travaux « Algérie 54-62, la guerre fantôme de la bande dessinée ».
Ensuite, tous deux échangeront sur la thématique de la bande dessinée historique entre fiction et histoire. Enfin, Claire Dallanges présentera son travail et l’album « Salam Toubib, chronique d’un médecin appelé en Algérie 1959-1961 » sous l’angle des différentes mémoires de la guerre d’Algérie, ce à travers des scènes et des dessins projetés.

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Le bombardement de Sakiet, début de la fin de la IV° République

Pour parler de « mémoire commune » entre la France et l’Algérie, il faut revenir sur le récit d’un certain nombre d’événements historiques, comme le bombardement de Sakiet le 8 février 1958. Une chronique de Sadek Sellam

Tout militant du FLN ou djoundi de l’ALN sait que le 8 février 1958 est la date du bombardement par l’aviation français de la petite ville tunisienne frontalière, Sakiet-Sidi Youssef. Dans le documentaire sur la guerre d’Algérie réalisé par Benjamin Stora, le bilan de ce raid est estimé à 72 morts, presque tous des paysans venus vendre les produits de leur fermette ce jour de marché.

Mais dans son excellente série, le britannique Peter Batty parle de 100 morts. Cette date peut être considéré comme un grand tournant qui précipita la mort de la IV° République après avoir remis en cause du soutien américain à l’effort de guerre français consenti au nom de la solidarité des pays de l’OTAN contre le communisme.

Le lâchage américain

Longtemps le State Department prenait pour argent comptant les accusations de la propagande française présentant le FLN comme crypto communiste.

L’action diplomatique concertée du gouvernement tunisien et du FLN amena les Américains à suspecter les Français de leur mentir. C’est ainsi que le State Department a été amené à autoriser un dialogue régulier entre des diplomates américains en poste à Tunis et un représentant du FLN. Le CCE (Comité de Coordination et d’Exécution) du FLN avait désigné pour le représenter Ahmed Boumendjel, un lecteur de Charles Maurras peu suspect de sympathie communiste.

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