« Les souvenirs viennent à ma rencontre » : Edgar Morin raconte sa traversée du siècle

Edgar Morin, curieux de tout, aujourd’hui engagé en faveur de l’écologie, raconte sa traversée du siècle. Elle fut marquée par ses combats à gauche et ses rencontres amicales. Neuf entrées pour comprendre l’une des figures centrales du monde intellectuel.

La leçon

Ses souvenirs viennent à notre ­rencontre. Ils sont peuplés d’autres et d’aubes. L’homme a eu mille vies. Il croit en la ­régénération. Il s’est baigné sans compter dans le fleuve du siècle. La ­Résistance, les guerres d’Algérie, de ­Yougoslavie, du Moyen-Orient, le rejet du fanatisme et du capitalisme, les grandes rencontres amoureuses et amicales.

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ls ont vécu une « tragédie oubliée »: 57 ans après, des Azuréens racontent le massacre d’Oran

Trois Azuréens témoignent sur la tragédie du 5 juillet 1962, dans un documentaire de Jean-Charles Deniau et Georges-Marc Benamou diffusé jeudi soir sur France 3.

Ils ont le cœur en Algérie. Nice est leur terre d’exil. Ils ont tous vécu la tragédie du 5 juillet 1962. Ce jour-là, une chaleur de plomb étouffe la ville. C’est la date choisie pour célébrer l’indépendance toute récente de l’Algérie. Ce devait être un jour de fête. C’est devenu un jour de mort et de sang.

700 pieds-noirs, chrétiens et juifs, ont été assassinés, enlevés, jetés dans des charniers. Paris savait. Le général de Gaulle savait. L’armée française a reçu l’ordre de ne pas intervenir. Le général Katz, en poste à Oran n’a pas bougé.

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Jean Sévillia : « Le massacre d’Oran du 5 juillet 1962 a longtemps été occulté… Il faut rétablir la vérité »

Un document sur le massacre d’Oran en 1962 a été diffusé sur France 3. On a peu entendu parler du massacre d’Oran, alors que c’est un épisode important de la guerre d’Algérie. En quoi consistait ce massacre ?

Alger a accédé à l’indépendance le 3 juillet 1962. À partir de ce moment-là, le maintien de l’ordre sur le territoire de ce pays relevait des autorités du nouvel État algérien. Il n’était d’ailleurs pas encore établi. Il était dans un état d’anarchie intérieur.
Le 5 juillet à Oran, il y a eu un massacre d’Européens et de musulmans. Toute la question est de savoir par qui il a été déclenché, sur les ordres de qui et dans quelles circonstances.
La seule certitude est que 600 Européens ont été massacrés et sans doute une centaine de musulmans dans des situations confuses. L’armée française, qui était encore sur place, n’a pas bougé. Le Général qui commandait les forces françaises à Oran avait ordre de demander à ses hommes de ne pas bouger. Il y a donc eu des massacres de Français d’Algérie sous les yeux de l’armée française. À part quelques unités, sur l’initiative de leurs officiers courageux, l’armée n’a pas bougé.
Ce massacre post-indépendance a été occulté. Il témoigne de la violence dans laquelle l’Algérie a accédé à l’indépendance et de la violence à l’encontre des Français d’Algérie, qui n’ont pas été défendus par l’armée française.

La sortie de ce documentaire est une première. Pour des raisons de politiquement correct, ce massacre a été très peu évoqué par les historiens et par la pensée dominante.

Jean Monneret, Guy Pervillé et Guillaume Zeller ont écrit de bons livres sur la question, mais c’est un événement dramatique qui a été pertinemment occulté. Il ternissait l’image d’une Algérie accédant à l’indépendance dans le bonheur de tous. Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir ce document. D’après les informations que j’ai pu avoir, il serait bien orienté. C’est une très bonne chose que la télévision publique diffuse un document de cette nature. Ce document contribue à rétablir la vérité sur une page dramatique de la fin de l’Algérie française.

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Théâtre : « AU MILIEU DE L’HIVER J’AI DECOUVERT… »

Abdelkader Benbouali était un footballeur algérien. Il est champion de France avec l’Olympique de Marseille en 1937 puis sélectionné pour la Coupe du Monde de 1938. Après sa carrière, il retourne en Algérie et rejoint la lutte pour l’indépendance. Un jour, il se fait arrêter par des soldats français qui ne lui laissent la vie sauve que parce qu’ils le reconnaissent.

Anaïs Allais s’inspire de cette histoire, celle de son grand-père, pour proposer une pièce vigoureusement présente, un drame sensible qui entrecroise habilement le destin d’une famille à celui d’un peuple.

Depuis ses premières pièces, Anais Allais mêle dans son travail documentaire, fiction et autofiction autour de la notion d’identité. Comment se confronter à un passé aussi vital qu’étouffant ? Comment dire « je » au milieu de ces « nous » qui regardent par-dessus notre épaule ? Il ne s’agit pas de commémorer, mais de dire l’événement passé (ici, la Guerre d’Algérie) comme un état intime et bien vivant, à travers une histoire de langue et d’accents, de souvenirs chantés et d’images manquantes.

Au milieu de l’hiver j’ai découvert en moi un invincible été est un pont jeté entre les pays et entre les époques, une formidable invitation à la construction d’un récit commun.

Accès personnes à mobilité réduite: 04 91 11 19 20

EN SAVOIR PLUS

Expo : La guerre d’Algérie à la Médiathèque Pradettes

La guerre d’Algérie Médiathèque Pradettes, 21 novembre 2019-21 novembre 2019, Médiathèque Pradettes.

La guerre d’Algérie
**Regards croisés**

L’exposition La guerre d’Algérie.
Histoire commune, mémoires partagées ? interroge la pluralité des mémoires entourant ce conflit et a pour vocation de libérer la parole autour de cette guerre, tout en transmettant cette mémoire aux jeunes générations. Des acteurs et des témoins de la guerre d’Algérie : ancien appelé ou engagé, ancien combattant / militant du FLN / ALN, ancien harki, pied-noir, juif d’Algérie, etc viendront apporter leurs regards sur cette mémoire.
La guerre d’Algérie. Histoire commune, mémoires partagées ? en partenariat avec L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre.

Invités :  Des témoins de la guerre d’Algérie Entrée libre
Culture
Médiathèque Pradettes 3 Avenue de la Dépêche, 31100 Toulouse, France Toulouse

Théâtre : « Je marche dans la nuit »

L’association Coup de théâtre est agréablement surprise par l’engouement suscité auprès des habitants du quartier et leur investissement dans la préparation de la soirée du 6e quartier d’été qui se déroulera dans le Triangle des verdures (près du square Anne-de-Bretagne, derrière le presbytère).

Le comité d’organisation et les bénévoles se sont réunis pour établir le planning de la soirée et offrir un spectacle de qualité aux spectateurs.

En deuxième partie de soirée, « sera jouée la pièce Je marche dans la nuit, une très belle rencontre entre un grand-père et son petit-fils sur fond de guerre d’Algérie, interprétée par le théâtre de l’Abreuvoir d’Arzano, instant de théâtre qui ne laissera pas insensible », confie Marie-Claude Coirre.

Samedi 7 septembre, à partir de 19 h. La soirée débutera par un apéritif musical animé par les habitants du quartier des Sentiers, avec une petite restauration sur place. La pièce sera jouée à 21 h. La clôture se fera en musique vers 22 h 30. Entrée libre, au chapeau.

Christine Gandois au festival off d’Avignon : «On aimerait que l’amour triomphe, mais ce serait une autre histoire»

29 août 2019 à 9 h 37 min

Le sous-titre : Toute une vie dans deux valises résume bien ce que la comédienne et auteure, Christine Gandois, a voulu signifier pour son «Ici/ Là-bas», donné cette année pour la troisième année à Avignon. Elle a créé pour les besoins de cette pièce un personnage qui n’existe pas dans le roman Ce que le jour doit à la nuit, à savoir la petite-fille d’Emilie, héroïne de l’histoire dont l’amour avec Jonas (Younès) a été gâché. Cela permet à la comédienne de remonter le fil de cette romance et d’aborder la question de l’Algérie.

La particularité est que Christine Gandois est fille de pieds-noirs, partie jeune du pays. Outre l’arrachement, son spectacle est empreint des embruns de l’Algérie des regrets. Elle a bien voulu aller plus loin avec nous à l’issue d’une représentation.

 

Comment vous est venue l’idée de raconter l’histoire familiale en prenant appui sur l’œuvre de Yasmina Khadra ?

En 2014, j’ai vu le film d’Alexandre Arcady, tiré du livre Ce que le jour doit à la nuit, de Yasmina Khadra. Il m’a fait beaucoup de bien. Il a eu un fort impact en moi. Du coup, j’ai lu le livre et là, cela a été une révélation. J’ai ressenti un réel allégement du fardeau que je portais depuis longtemps. J’ai alors pensé que grâce au théâtre je pourrais véhiculer le message qu’il est possible de s’apaiser.

Justement, qu’avez-vous trouvé de réconfortant dans le livre de Khadra ?

Son impartialité et le fait qu’il traite des souffrances de tout le monde dans le conflit algérien. Je le savais, mais dans la vie il y a des moments où on l’intègre plus fortement que d’autres. Le roman m’a fait du bien pour comprendre l’injustice et la souffrance vécues durement des deux côtés.

Des deux côtés ? Que voulez-vous dire par là ?

La colonisation, j’ai pris conscience très tôt que c’était quelque chose d’intolérable et que son idée même ne pouvait pas être entendue ou soutenue. Un fonctionnement sociétal anormal. De l’autre côté, en tant que fille et petite-fille de pied-noir, j’avais entendu durant mon enfance la douleur de la perte de l’Algérie, notre pays.

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L’engagement au prisme de la sociologie

Gisèle Sapiro, Les écrivains et la politique en France. De l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie, Paris, Seuil, 2018, 402 p., EAN 9782021072952

1Dans Les écrivains et la politique en France, Gisèle Sapiro poursuit ses réflexions entamées il y a une vingtaine d’années dans La Guerre des écrivains (1999), l’ouvrage issu de sa thèse de doctorat. Elle y envisageait déjà le rapport des auteurs à la politique par le biais des outils de la sociologie de la littérature, et défendait l’idée selon laquelle les choix politiques des écrivains, durant la Seconde Guerre mondiale, dépendaient en grande partie de leur positionnement préalable au sein du champ littéraire. Dans le présent ouvrage, la perspective historique est élargie : le sous‑titre annonce une étude allant de l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie, mais l’auteure remonte aux débats sur la censure du xixe siècle et aboutit, dans l’épilogue, à une réflexion sur le champ littéraire contemporain. Le livre ne suit toutefois pas une ligne chronologique : les huit chapitres qui le constituent portent sur différents aspects historiques et théoriques du rapport entre littérature et politique, ainsi que sur des cas exemplaires (Gide et l’autobiographie, Aragon et le parti communiste, Drieu La Rochelle et le fascisme, Malraux et le ministère de la culture). Composé à partir d’une série d’articles déjà parus, l’ouvrage propose des études qui visent à repenser la question de l’engagement ; chaque chapitre est doté d’une cohérence propre et pourrait être abordé indépendamment des autres.

Politisation du champ littéraire

2Dédié à la mémoire de Pierre Bourdieu, l’ouvrage repart de la question bien connue de l’autonomisation du champ littéraire pour envisager, dans une première partie, les « modes de politisation » (p. 13) des écrivains. Du fait de l’émergence des sciences humaines et de la spécialisation des savoirs au cours du xixe siècle, ces derniers sont progressivement dépossédés du « magistère intellectuel » (p. 11) qu’ils avaient acquis au cours du xviiie siècle. Dès lors, le mode d’intervention sociale privilégié — le seul qui leur restait en propre — était le prophétisme, ou la « prospection de l’avenir » (p. 24), que Sapiro voit à l’œuvre dans la plupart des écoles littéraires à partir du romantisme. Ensuite, au fur et à mesure que le champ politique se professionnalise, au début du xxe siècle, les écrivains évoluent petit à petit du prophétisme à « l’expertise » (au sein du Parti communiste, notamment).

3Après avoir retracé brièvement l’histoire des catégories politiques de « droite » et de « gauche », qui se sont solidifiées au moment de l’affaire Dreyfus, l’auteure souligne que celles‑ci renouvellent la manière de classer les écrivains, précisément au moment où les écoles littéraires disparaissent. Ces catégories politiques, qui permettent une démarcation au sein du champ littéraire, commencent à s’appliquer notamment à la faveur des prix — l’Académie Goncourt inclinant à gauche, l’Académie française à droite. L’auteure propose ensuite, par le biais d’une enquête statistique, un « portrait sociologique » des écrivains de droite et de gauche dans l’entre‑deux‑guerres : contrairement à la droite littéraire, la gauche est alors plutôt jeune, moins privilégiée socialement et défend souvent l’autonomie de la littérature et la liberté de création. Or, après la Libération, le paradigme se renverse : les écrivains de gauche en viennent à défendre la responsabilité de l’auteur contre la liberté créatrice qui leur semble alors apolitique. En d’autres termes, avec la figure de Sartre, le « moralisme » passe à gauche.

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NAQD consacre un numéro spécial à l’historien allemand Hartmut Elsenhans : «La Révolution algérienne n’a pas pu tenir ses promesses»

02 septembre 2019 à 9 h 45 min

Un hors-série de la revue NAQD, paru récemment, est dédié aux travaux de Hartmut Elsenhans, politologue, historien et économiste allemand à l’œuvre prolifique dont la pensée a profondément marqué l’historiographie de la Guerre de libération nationale. Né en 1941, le professeur Elsenhans a visité plusieurs fois l’Algérie et y a même donné quelques conférences. On peut d’ailleurs écouter une de ses brillantes communications qui est en accès libre sur Youtube, trace de son passage au Crasc où il est intervenu le 15 novembre 2016 avec une conférence intitulée : «Guerre d’Algérie et histoire mondiale».

Sous le titre Guerre de libération et voie algérienne de développement, la revue de critique sociale dirigée par Daho Djerbal propose un certain nombre de textes du penseur allemand Hartmut Elsenhans, qui permettront aux lecteurs de NAQD de découvrir son œuvre ou, pour ceux qui le connaissent, d’en apprendre un peu plus sur ses travaux académiques où l’Algérie occupe une place centrale. «La revue NAQD a voulu par cette publication hors-série rendre hommage à l’historien, au politologue et à l’économiste allemand Hartmut Elsenhans. L’auteur et académicien éminent a consacré la plus importante partie de sa longue carrière à des travaux de recherche et à des publications sur la lutte de Libération de l’Algérie colonisée ainsi qu’aux politiques de développement des gouvernements successifs menées depuis l’indépendance du pays», souligne l’historien Daho Djerbal dans sa présentation.

Une autre motivation se dresse derrière ce choix, explique le directeur de la revue, c’est l’espèce de «conspiration du silence» qui a longtemps entouré l’œuvre du professeur Elsenhans «dans les milieux académiques français ainsi que dans ceux des intellectuels algériens de gauche comme de droite». On apprend ainsi que «sa thèse dirigée par Alfred Grosser et soutenue à Berlin sous le titre ‘‘La guerre d’Algérie 1954-1962. Tentative de décolonisation d’une métropole capitaliste’’ n’a été publiée en France que 28 années plus tard sous le titre remanié ‘‘La guerre d’Algérie 1954-1962. La transition d’une France à une autre. Le passage de la IVe à la Ve République’’. Le glissement de sens dans la focale du titre parle à lui seul de ce point aveugle dans le regard que porte l’historiographie française sur l’Algérie et, plus largement, sur la question nationale et coloniale…».

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