Faute de dates anniversaires, la politique mémorielle risque la panne

Avec la fin des grandes commémorations et la disparition des anciens combattants, la secrétaire d’Etat Geneviève Darrieussecq fait face à de nouveaux défis.

Mission accomplie : le conseil d’administration de la Mission du Centenaire a décidé, le 27 juin, sa dissolution à compter du 31 juillet. La secrétaire d’Etat aux Armées a salué « un travail exemplaire et un investissement sans faille. » Ce mercredi, une journée d’études se déroule à l’Ecole militaire sur le thème : « Le monde combattant 1918-2018 : quelle histoire, quelles mémoires, quel devenir ? » Par ailleurs, la direction de l’Office national des anciens combattants sera renouvelée cet été.

La politique « mémorielle », celle des grandes commémorations historiques, est à un tournant de son existence. Le centenaire de la Première Guerre mondiale s’est terminé le 11 novembre 2018 et le 75e anniversaire de la fin du second conflit s’achèvera cet été, avec les cérémonies du maquis du Vercors, du Débarquement de Provence et de la Libération de Paris. Et ensuite ? Un certain vide durant plusieurs années, faute de dates symboliques. Plus de grands rendez-vous susceptibles de soulever l’intérêt de millions de Français et de mobiliser les services de l’Etat. 2020 sera bien le 150e anniversaire de la guerre de 1870, mais cela n’attirera sans doute pas les foules. Les obsèques du dernier Compagnon de la Libération, au Mont Valérien, viendront clore le cycle mémoriel de la Seconde Guerre mondiale, en attendant son centenaire. Quatre Compagnons, dont Daniel Cordier, sont encore vivants : ils ont entre 97 et 99 ans. A ces commémorations encalminées s’ajoute une évolution en profondeur du « monde combattant », avec le vieillissement des anciens d’Algérie. Les plus jeunes ont désormais plus de 75 ans et leurs activités, au sein des nombreuses et naguère très influentes associations, se réduisent progressivement.

Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées, en charge de ce dossier au sein de l’exécutif, sous l’œil très attentif de l’Elysée, est bien consciente que « le monde combattant entre dans une période de transition », comme elle l’a confié lors d’un entretien avec l’Opinion. Tout le système des anciens combattants, mis en place dès la Première Guerre mondiale, est à repenser. Symboliquement, l’appellation a déjà disparu au sein du gouvernement et le siège historique du Ministère des Anciens combattants, rue de Bellechasse (Paris, 7e) a été acquis par Yves Saint-Laurent.

Ce mercredi 3 juillet, Geneviève Darrieussecq participera à un grand colloque national, à l’Ecole militaire, sur les « perspectives mémorielles et institutionnelles auxquelles le monde combattant sera confronté dans un avenir proche ». Quant à la Mission du Centenaire, qui a piloté les commémorations de 14-18, sous la responsabilité du général Elrick Irastorza et de Joseph Zimet, elle mettra la clé sous la porte cet été. « Cette mission a fait un travail extraordinaire », constate Geneviève Darrieussecq.

Mémoire. « Nous devons poursuivre nos efforts en direction de la jeunesse, dans un partenariat mémoriel avec l’Education », assure la secrétaire d’Etat. « Il faut fournir des outils simples pour les enseignants et rendre un plus grand nombre de professeurs appétant à ce sujet. Transmettre la mémoire, c’est par exemple le faire autour du parcours d’individus, se mettre à l’échelle des gens. Il n’y a pas que la mémoire des combattants ou des résistants, mais aussi celles des civils, avec leur vie quotidienne », explique Geneviève Darrieussecq. « Nous pouvons aider à répondre à une question importante et toujours d’actualité : comment se reconstruit-on après une guerre, matériellement mais aussi socialement ? Comment refait-on société ? », ajoute-t-elle.

Au niveau international, lorsque les relations sont politiquement difficiles avec certains pays, « il reste le fil de la mémoire », comme avec la Pologne, note la secrétaire d’Etat. L’un des grands enjeux de cette politique reste l’Algérie, mais l’incertitude politique qui y règne empêche sans doute toute initiative française en la matière, sans compter l’extrême sensibilité politique du sujet en France.

L’administration des anciens combattants gère un budget annuel de 2,2 milliards, pour l’essentiel consacré aux pensions militaires d’invalidité et à la retraite du combattant. Elle assure la tutelle de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC), dirigée par Rose-Marie Antoine, qui quittera son poste cet été. « Il faut que notre Office s’adapte, notamment à la diminution du nombre de personnes concernées », déclare Geneviève Darrieussecq, qui souhaite néanmoins rassurer personnels et bénéficiaires : « Je souhaite maintenir une présence territoriale de l’ONAC dans tous les départements ». Cet objectif fait toujours l’objet de discussions avec Bercy.

Si l’ONAC s’occupe également des veuves d’anciens combattants, des pupilles de la Nation ou des victimes d’attentats, une forte réduction du nombre des vétérans est inéluctable. La « troisième génération du feu », celle de la guerre d’Algérie, sera-t-elle remplacée par les anciens des opérations extérieures (Opex) ? Ce n’est pas certain, tant il s’agit de « deux cultures différentes », constate la secrétaire d’Etat. Les anciens d’Algérie étaient, pour une très grande part, des appelés, alors que les vétérans des Opex ont tous été des volontaires, engagés ou militaires professionnels. « Ils sont plus dans une philosophie d’amicales, liées à leurs anciennes unités ou régiments », ajoute-t-elle. Ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont – ou n’auront – pas des besoins spécifiques, notamment sur la gestion des syndromes de stress post-traumatiques. Ou celle d’une reconnaissance morale de leurs engagements : on le voit, par exemple, avec les polémiques sur le rôle de l’armée française au Rwanda, auquel le ministère des Armées a consacré un colloque le 14 juin dernier.

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