El MOUDJAHID.COM : Quotidien national d’information Recherchez sur Elmoudjahid.dz Mise à jour lundi 29 juillet 2019 Langues : Accueil Vidéos Photos Nation Economie L’événement Monde Islam Culture Société Sports Régions Autres Catégories Vous êtes ici : Accueil > Culture > Détail lundi 29 juillet 2019 12:35:16 Ecrivain-journaliste et enquêteur : décès de Pierre Péan, auteur de « Main basse sur Alger »

L’écrivain-journaliste enquêteur, Pierre Péan, auteur de « Main basse sur Alger », est mort jeudi soir à l’âge de 81 ans dans un hôpital d’Argenteuil (Val-d’Oise, près de Paris), a annoncé vendredi la presse française.

PUBLIE LE : 28-07-2019 | 0:00

L’écrivain-journaliste enquêteur, Pierre Péan, auteur de « Main basse sur Alger », est mort jeudi soir à l’âge de 81 ans dans un hôpital d’Argenteuil (Val-d’Oise, près de Paris), a annoncé vendredi la presse française. Pierre Péan qui a évité le service national en Algérie, en pleine guerre de Libération, a été, après des études de droit, sciences économiques et sciences politiques, rédacteur de l’AFP, de L’Express, Le Nouvel Economiste, du Canard enchaîné et ponctuellement de Libération. Au Canard enchaîné, il joue par ses écrits et enquêtes un rôle actif dans l’affaire des diamants, offerts par l’empereur Bokassa de Centrafrique au président Giscard d’Estaing (en 1979).
Un de ses coups de maître en tant que journaliste est la révélation de la « jeunesse française » pétainiste de François Mitterrand (en 1994). L’autre enquête minutieuse est son ouvrage « Main basse sur Alger : enquête sur un pillage, juillet 1830 » (Plon, 2004) dans lequel il évoque le vol d’immenses trésors de la Régence d’Alger afin de constituer les fonds secrets de Charles X pour corrompre et retourner le corps électoral. Après des recherches et une longue enquête, Pierre Péan a retrouvé les traces de l’or découvert dans les caves de la Casbah, où étaient entassés des monceaux de quadruples d’Espagne et du Portugal, des mocos, des piastres fortes d’Espagne, des boudjous d’Alger et d’autres monnaies. Le butin était chiffré à plus de 500 millions de francs de l’époque (l’équivalent de 4 milliards d’euros). L’ouvrage montre comment Louis-Philippe, la duchesse de Berry, des militaires, des banquiers et des industriels, comme les Seillière et les Schneider, ont profité de ces trésors, indiquant que le développement de la sidérurgie française doit beaucoup à l’or d’Alger.

Raymond Depardon invité d’honneur des Rencontres sahariennes de Saint-Poncy

Depuis vingt ans, des amoureux du Sahara se retrouvent tous les deux ans dans le Cantal pour partager leur passion commune aux Rencontres sahariennes. Ils sont géographes ou artistes. Parmi eux cette année, un invité d’honneur : le photographe et réalisateur Raymond Depardon passionné par le désert.

Le désert : source d’inspiration inépuisable

De la Mauritanie à l’Érythrée, du Niger au Tchad, Raymond Depardon trouve un certain réconfort dans le désert. Un refuge où le documentariste puise son inspiration.  « Moi, je vois des films à faire lorsque je suis dans le désert« , raconte-t-il. En 50 ans, il a réalisé des films, des séries photographiques qui racontent la vie des peuples nomades.

Une rencontre qui marque le début de sa carrière

C’est à l’âge de 18 ans que Raymond Depardon rencontre pour la première fois le désert. Le jeune photographe de presse, alors pigiste pour l’agence Dalmas, est envoyé en Algérie pour un travail documentaire sur la résistance du corps humain à la chaleur. C’est alors une révélation. Au contact des éleveurs il retrouve ses origines rurales du centre de la France.

Un jour, il part avec une section de recherche militaire pour retrouver des appelés du contingent qui étaient partis chasser la gazelle et qui s’étaient perdus dans le désert. Au final, l’expédition retrouve trois survivants, les quatre autres ont été mangés par le soleil. Depardon fait une bobine de Rolleiflex. « Mais c’était en 1960, c’était la guerre, on était en pleine censure, on m’a demandé de donner les films. À l’agence, les photographes un peu voyous m’avaient donné une consigne : tu ne donnes jamais tes films », raconte le photographe

Depardon : Le captif du désert

Lorsqu’il décide, au début des années 1990 de réaliser La Captive du désert, Depardon souhaite restituer certaines images qui lui restent de ses précédents reportages sur les nomades Toubous au nord du Tchad. Le film raconte la prise d’otage par ce groupe révolutionnaire de l’ethnologue française Françoise Claustre dans les années 1970. On y voit Sandrine Bonnaire, qui joue le rôle de la prisonnière, seule au milieu des nomades, ballottée de grotte en grotte. Le désert apparait alors dans tout ce qu’il a d’épuisant.

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Equipe d’Algérie : «On jouait les matchs presque en cachette»

Par Léa Masseguin (mis à jour à )

En 1958, en pleine guerre d’indépendance, l’équipe de football du Front national de libération, créée clandestinement, devenait le porte-voix de la révolution algérienne à travers le monde. Rachid Mekhloufi, ancien joueur de l’équipe, revient sur cette histoire du onze algérien qui affronte le Sénégal ce soir.

«Le football a transformé la guerre d’Algérie», se souvient Rachid Mekhloufi, ancien joueur professionnel, aujourd’hui âgé de 82 ans. Alors que les combats font rage entre la France et les nationalistes algériens à la fin des années 50, le «gamin en or» originaire de Sétif évolue au club de l’AS Saint-Etienne à qui il vient d’offrir le premier titre de champion. C’est en avril 1958 que le destin de la nouvelle légende bascule, lorsqu’il répond à l’appel du Front de libération nationale (FLN) pour rejoindre le «onze de l’indépendance», se remémore l’ancien attaquant.

Constituée principalement de joueurs professionnels de France métropolitaine, l’équipe a pour vocation de promouvoir la cause algérienne à travers le monde. «Je n’ai pas hésité une seule seconde. C’était une bonne façon pour le militant que j’étais de représenter l’Algérie», se souvient Rachid avec émotion. Il se prépare à s’envoler avec les Bleus pour disputer le Mondial en Suède. Mais, finalement, le jeune joueur de 22 ans à peine renonce à la gloire et s’enfuit précipitamment de Saint-Etienne. «C’était pour la bonne cause !»

En deux jours, dix joueurs algériens quitteront clandestinement la France pour rejoindre Tunis, où sont installés des dirigeants du FLN. Pendant ce temps, l’aviation française vient de bombarder le village de Sakiet Sidi Youssef (8 février 1958), en Tunisie, devenue une véritable base arrière, causant une escalade militaire sans précédent : plus de 70 personnes sont tuées.

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Algérie. Mekhloufi, Zitouni : quand des internationaux français rejoignaient l’équipe du FLN pour la lutte pour l’indépendance

Alors que ce vendredi aura lieu la finale de la CAN 2019 entre le Sénégal et l’Algérie, c’est l’occasion de revenir sur l’histoire incroyable des footballeurs de l’équipe du FLN qui ont fui clandestinement la France pour créer la première sélection algérienne, en pleine guerre d’indépendance contre la puissance coloniale française.

Les médias font la part belle aux idées réactionnaires avec le traitement médiatique des célébrations des supporters algériens. Le gouvernement réprime les manifestations de joie et le RN veut interdire le drapeau algérien. Les relents racistes se font sentir à quelques heures de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2019.

C’est l’occasion de revenir sur l’un des plus grands moments de football de l’histoire, la création de l’équipe du FLN en pleine lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

Le football comme arme de propagande

En 1954, la guerre pour l’indépendance de l’Algérie éclate. Le FLN cherche rapidement à faire connaître la lutte à l’international afin d’alerter la communauté internationale sur les exactions de la France. Après la victoire de l’armée française lors de la bataille d’Alger, il fallait que le FLN fasse un coup. C’est pourquoi ils vont recruter les meilleurs joueurs algériens évoluant en France, notamment en équipe nationale. Rachid Mekhloufi explique dans une magnifique interview du site Poteaux Carrés : « Ce départ des meilleurs joueurs algériens évoluant en France n’était pas innocent. Peu de Français connaissaient ce qui se passait en Algérie. Les représentants du FLN en France étaient en avance dans la publicité. Vraiment en avance car un coup comme ça a permis au peuple français d’ouvrir les yeux ».

A quelques semaines de la Coupe du Monde de 1958 en Suède, de nombreux joueurs vont quitter le pays. La France finira troisième de la Coupe du Monde sans ses stars algériennes. Raymond Kopa, attaquant du Real Madrid à l’époque, estimait que ce résultait était dû à l’absence du jeune Mekhloufi. La Gazette du Fennec retranscrit les déclarations du joueur : « Un journaliste demanda à Raymond Kopa : “Que manque-t-il à l’Équipe de France ? – Mekhloufi, répondit-il spontanément, c’est à dire quelqu’un qui sache faire tourner l’attaque… Je dois reconnaître qu’en ce moment, ce joueur fait défaut… C’est là tout le mal” ».

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Photo Loic Nys

Créé par Alice Carré et Margaux Eskenazi, Et le coeur fume encore raconte autant ce qu’on a longtemps appelé les « événements d’Algérie » que les difficultés à en délivrer des récits. Un spectacle remarquable.

La guerre d’Algérie reste un sujet bien délicat à porter au théâtre. Julie Bertin et Jade Herbulot s’y sont quelque peu cassé les dents l’hiver dernier au Vieux Colombier. Sur un thème connexe, Alexandra Badea également, lors de cette 73e édition du Festival d’Avignon. Dans son versant Off, deux jeunes femmes encore, Margaux Eskenazi et Alice Carré, s’y collent. Cette fois, pour notre plus grand bonheur.

Dans cette récurrence de la question algérienne – et de sa mémoire – chez de jeunes metteuses en scène, il faut certainement voir le signe d’une génération désireuse d’en finir avec le silence qui plombe une France incapable, depuis bien trop longtemps, de regarder son passé dans les yeux et de se réconcilier avec elle-même. C’est d’ailleurs ce silence, cette incapacité à dire ce qui s’est passé, qui constitue le fil rouge de Et le cœur fume encore, titre issu d’un poème de Kateb Yacine, un écrivain algérien à plusieurs reprises évoqué dans la pièce.

Dans leur capacité à faire entendre une pluralité de récits, une polyphonie de traversées de cette guerre, complémentaires et contradictoires – un des secrets de leur réussite –, Alice Carré et Margaux Eskenazi déploient une dramaturgie extrêmement habile qui alterne les focus sur des individus aux trajectoires diverses que l’on observe d’hier à aujourd’hui, et sur ce conflit, saisi à la croisée de l’histoire des arts et de l’histoire politique. Il en va ainsi du Cadavre encerclé, une pièce de Kateb Yacine jouée à Bruxelles en 1958, qui permet de suivre les premiers pas d’un membre du FLN ; de La bataille d’Alger, film de l’Italien Pontecorvo, sorti en 1965 et quasiment interdit en France jusqu’en 2004, qui relate le coup d’Etat de Boumédiène, trahison des espoirs démocratiques initiaux ; ou encore du procès de Jérome Lindon, éditeur du Déserteur en 1961, qui donne l’occasion d’aborder les questions de la torture et de la désobéissance. Rien n’est jamais direct, univoque dans ce spectacle. Tout fait théâtre, et se prête au jeu.

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Dans les années 60, l’Algérie était très généreuse avec les mouvements de libération»

Figure des combats anticoloniaux, proche de Frantz Fanon et des Black Panthers, l’Américaine Elaine Mohktefi a vécu à Alger l’indépendance du pays. Elle raconte cette époque dans un livre qu’elle a elle-même traduit en français. «Libération» l’a rencontrée.

Comment une jeune Américaine se retrouve-t-elle au cœur du combat indépendantiste algérien à la fin des années 50, puis lors de la naissance du nouvel Etat en 1962 ? C’est l’histoire autobiographique raconte la journaliste et traductrice Elaine Mokhtefi, dans son ouvrage, paru en anglais il y a plus de deux ans et qu’elle a elle-même traduit en français pour les éditions La Fabrique, Alger, capitale de la révolution : de Fanon aux Black Panthers. La rencontre a lieu dans l’excellente librairie Libertalia de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Coiffée d’un petit chapeau de paille et arborant des bijoux kabyles, elle paraît plusieurs décennies de moins. Et semble toujours aussi militante, politique et enthousiaste à 91 ans qu’à 23, quand elle rencontre la cause algérienne à son arrivée à Paris.

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Les BD des collégiens primées

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C’est Évane Loiseau-Gobillot qui est venue au collège représenter ses amies et recevoir le prix du concours de bandes dessinées « Bulles de mémoire ». Chaque année, ce concours autour de la mémoire des grands conflits du XXe siècle impose un thème précis. Cette année, c’était : « Après la guerre, se reconstruire ».
L’histoire d’un grand-père qui tait la guerre Dans la catégorie groupe (mais les jeunes peuvent concourir en individuel), Évane Loiseau-Gobillot, Érine Pineaud-Bonouvrier, Iseure Deschamps et Louna Subes ont remporté le premier prix pour la Région Nouvelle-Aquitaine. Prix que sont venues leur remettre Stéphanie Savary pour l’ONACVG et Béatrice Jozeau, chargée de mission mémoire et citoyenneté auprès du DASEN. Ces élèves de 5e et 4e ont imaginé, avec leurs professeurs de français Vincent Giraudeau et d’arts plastiques Lisa Rondeau, la démarche d’un grand-père qui a toujours tu la guerre qu’il a dû faire et qui se décide enfin à parler lors d’un exposé.
« L’exposé » a touché le jury, qui s’est réuni au musée de la BD à Angoulême, « par le choix des matériaux comme l’aquarelle et par l’originalité de sa première page qui réunit tous les éléments de contexte ». « C’était génial », approuve Évane. Elle poursuit : « Je le fais depuis deux ans. On crée le projet et on le réalise de bout en bout. Là, on a vraiment travaillé toutes ensemble sur l’encre, par exemple. » Les professeurs ont salué « un vrai travail collectif de la part des quatre filles. Chacune a pu trouver ses points forts. »
Quant à l ‘autre groupe de collégiens qui avait présenté « On n’a qu’une famille », il a obtenu le troisième prix toujours pour la région Nouvelle-Aquitaine. Cette BD narre les retrouvailles de deux frères algériens qui ne s’étaient pas revus depuis la guerre d’Algérie, l’un ayant fui en France. Le principal Franck Mousserin a ajouté que, « quel que soit le résultat, les retours de ce type sont intéressants pour les élèves. Dans ce cas, ils sont d’autant plus valorisants. » Évane est repartante pour l’année prochaine. A elle de trouver des coéquipiers pour mener à nouveau l’aventure. Le thème en sera : « S’engager pour la République. »

Elle resta fidèle au combat de son époux : Roses rouges pour Hélène Iveton

Malgré les avanies et la dureté de sa vie, elle qui méritait bien autre chose, modeste et d’un courage hors du commun, Hélène Iveton fut une véritable héroïne qui mérite de garder dans notre mémoire et dans nos cœurs une place privilégiée.

Au petit matin, dans le froid aigre de ce 11 février 1957, vers 7 heures, quand Hélène entendit que l’on frappait à sa porte. Elle ouvrit. C’était Pascal, le père de Fernand Iveton. Il pleurait. Hélène comprit le malheur qui venait de s’abattre sur eux. Ensemble, ils partirent pour lire l’annonce affichée sur la porte de la prison. Puis ils allèrent au cimetière d’El Alia. Trois tombes étaient encore fraîches. Les démarches qu’ils effectuèrent pour que Fernand repose auprès de sa mère se heurtèrent à un refus.

C’est là l’épilogue d’un drame noué le 14 novembre 1956, lorsque Fernand Iveton, membre du PCA, ouvrier tourneur dans l’usine à gaz du Hamma appelé aussi “le Ruisseau” passe à l’action afin de mettre en accord ses actes avec ses convictions. Pour aider ses frères algériens dans la lutte qu’ils ont engagée pour l’indépendance, il décide de placer une bombe près du gazomètre à une heure où l’usine serait déserte, évitant ainsi de faire des victimes. Mais l’engin explosif placé dans un placard est découvert par les petits chefs Oriol et Carrio, trop heureux de dénoncer le délégué CGT. Iveton est aussitôt arrêté, emmené au commissariat, torturé, il en sort noir de coups et des brûlures à l’électricité.

Au terme d’un procès vite expédié, où il n’aura pour le défendre que deux avocats commis d’office, lui qui n’a ni tué, ni blessé personne, le jeune militant de 31 ans est condamné à mort. C’est alors que va se jouer la dernière scène d’un crime d’État où le président René Coty, après avoir longuement hésité, a refusé la grâce sur les injonctions du ministre d’Etat, garde des Sceaux, chargé de la justice, François Mitterrand, comme celui-ci a refusé celle de 45 autres condamnés à mort algériens. En 1965, François Mitterrand devenait candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle. Le silence s’étendait sur son action durant la guerre d’Algérie, comme ministre de l’Intérieur, puis comme ministre de la Justice.

Cette histoire-là reste à écrire
Ce 14 novembre 1956 dans l’après-midi, Hélène voit arriver trois tractions. Dans chacune il y a trois hommes, la fine fleur de la police colonialiste. Ils entrent, et saccagent la maison. La perquisition terminée, ils emmènent Hélène au commissariat de la rue Carnot où elle est enfermée dans une petite cellule, malmenée avant d’être relâchée, faute de preuves. Dans la soirée, Hélène est remise en liberté. Il est vingt heures. Il fait nuit. Elle va jusqu’à la station de taxis. Il y a là un chauffeur musulman. En cours de route, ils bavardent. Elle lui dit qu’elle est la femme d’Iveton. Arrivés à son domicile 73, rue des Coquelicots, il ne veut pas qu’elle le paie. C’est la première marque d’une solidarité que de nombreux Algériens ont voulu lui témoigner.

Le procès 
La nouvelle est officielle : Fernand va être jugé par un tribunal militaire en flagrant délit. Le procès est fixé au 24 novembre. Le jour du procès, Hélène s’est fait couper les cheveux. Quand elle arrive avec les parents de Fernand, les photographes s’en donnent à cœur joie. Elle dit à sa belle-mère : “Il ne faudra surtout pas pleurer, simplement écouter”, afin de ne pas se montrer à ce public de colons hostiles et menaçants. La petite salle d’audience est archi-comble. Hélène pense à une salle de théâtre. Autour de la salle sur une sorte de balcon, il y a une vingtaine de militaires en armes. Les juges entrent. Ils sont sept, en tenue militaire. Le président est Roynard, un magistrat volontaire, rappelé pour juger sous l’uniforme. Paul Teitgen, haut-commissaire du gouvernement n’hésitait pas à dire : “Les juges rappelés étaient de véritables voyous.” Le tribunal se retire pour délibérer.

Il est 16h45. Le président Roynard rend le verdict. Fernand est condamné à mort. Dans le public, des individus crient : “Bravo ! Bravo ! Ces gens-là formeront le gros des troupes de la criminelle OAS qui précipitera la fin de l’Algérie française, quelques années après.  “Ne pleure pas !, ne pleure pas ! Ils seraient trop heureux de te voir pleurer”, se répète Hélène. Elle serre le bras de sa belle-mère pour qu’elle aussi ne pleure pas. Tout d’un coup, elle ne peut plus marcher. Elle s’accroche au bras de Pascal. “Je ne peux plus avancer, lui dit-elle, tirez-moi !” Son beau-père d’un côté, sa belle-mère de l’autre, elle sort du tribunal. “On pleurera à la maison, mais pas ici”, répète-t-elle. Dans la rue, ils attendent, espérant voir Fernand. Le fourgon cellulaire démarre.

Au passage, ils lui font signe. Quand ils arrivent, rue des Lilas, chez ses beaux-parents, Hélène s’effondre à terre, dans la cour de la maison. Maintenant, elle peut pleurer. C’est au matin du 11 février 1957 que Fernand est conduit au supplice avec deux compagnons Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouenouri. Au greffe de la prison Barberousse, il déclare “La vie d’un homme, la mienne compte peu. Ce qui compte c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Algériens et Français se ressoudera.” Dans la cour de la prison, la guillotine est dressée. Ses deux compagnons le rejoignent. Les trois condamnés à mort s’embrassent. “Iveton, mon frère”, dit l’un d’eux à Fernand. Face à la guillotine, il crie une dernière fois, d’une voix forte : “L’Algérie libre vivra ! Tahia el-Djazaïr.” Il est 5h10 quand la vie de l’ancien gamin du Clos Salembier est tranchée.

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Théâtre : Pour ne pas en finir avec la guerre d’Algérie

Dans « Points de non-retour [Quais de Seine] », Alexandra Badea revient sur le 17 octobre 1961, où des Algériens qui manifestaient pacifiquement ont été jetés dans la Seine.

Par Publié le 09 juillet 2019 à 17h05

Dans le titre de la pièce, Points de non-retour [Quais de Seine], c’est la seconde partie qui importe. Les quais en question sont ceux d’où, le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pacifiquement ont eté jetés dans la Seine par la police. Une plaque en témoigne. Elle est apposée sur le pont Saint-Michel, mais « si bas qu’on ne la remarque pas », écrit Alexandra Badea, l’auteure de la pièce. Née à Bucarest en 1980, installée à Paris depuis 2003, elle a demandé la nationalité française en 2013 parce qu’elle se sentait exclue lors des élections. En introduction de son spectacle créé à Avignon, elle rappelle que le jour de la cérémonie de naturalisation, il fut recommandé aux nouveaux Français « d ’assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de grandeur et ses zones d’ombre. »

Les « moments de grandeur », Alexandra Badea les connaissait. Elle s’’est intéréssée aux « zones d’ombre », et a écrit un premier Points de non-retour [Thiaroye], sur le massacre de tirailleurs sénégalais par des gendarmes et des soldats français, à Dakar (Sénégal), en 1944. Le second Points de non-retour est né d’une conversation très brève que l’auteure a eue dans un café où quelqu’un lui a parlé de son histoire en quelques phrases. Cette histoire concernait la guerre d’Algérie, sur laquelle Alexandra Badea s’est beaucoup renseignée. A son habitude, elle ne voulait pas faire une pièce historique, mais une pièce traversée par l’histoire et ce qu’elle produit quand elle est refoulée.

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Frantz Fanon a-il été déchu de sa nationalité française ?

Par Sarah Boumghar 12 juillet 2019 à 15:16

Médecin et militant, l’homme avait rejoint les rangs des indépendantistes pendant la guerre d’Algérie.

Question posée par Jean-Charles le 02/07/2019

Bonjour,

Vous nous avez posé la question suivante : «Est-il vrai que Frantz Fanon a été déchu de la nationalité française pour avoir choisi le camp des colonisés algériens ?»

Frantz Fanon, né à Fort-de-France le 20 juillet 1925 et mort le 6 décembre 1961 à Washington, aux Etats-Unis, était psychiatre, essayiste et militant anti-colonialiste. Il est connu pour ses œuvres traitant du racisme et du colonialisme, notamment Peau noire, masques blancs (1954) et Les damnés de la terre (1961).

Raoul Peck, réalisateur haïtien, prépare actuellement un long métrage sur cette figure de l’anticolonialisme. Un casting a d’ailleurs été lancé.

Le site Une autre histoire écrivait, dans sa page consacrée au psychiatre : «Frantz Fanon, déchu de la nationalité française, est enterré en Algérie.» Après avoir été contacté cette semaine par CheckNews, le site a modifié la page.

Selon son fils, Olivier Fanon, Frantz Fanon n’a jamais été déchu de sa nationalité par l’Etat français. «Il s’est auto-déchu de facto de manière symbolique en rejoignant le camp du FLN. Ce n’est pas une déchéance au sens juridique du terme», explique-t-il à CheckNews.

Sa lettre de démission de l’hôpital de Blida, où il exerçait comme psychiatre, adressée en 1956 à Robert Lacoste, alors gouverneur de l’Algérie, lui vaut par ailleurs un arrêté d’expulsion du territoire algérien, daté de 1957. Cette lettre, dans laquelle il critique vivement la colonisation française en Algérie, est disponible intégralement dans son recueil d’essais Pour la révolution africaine, dont voici un extrait : «Mais que sont l’enthousiasme et le souci de l’homme si journellement la réalité est tissée de mensonges, de lâchetés, du mépris de l’homme. Que sont les intentions si leur incarnation est rendue impossible par l’indigence du cœur, la stérilité de l’esprit, la haine des autochtones de ce pays ? La Folie est l’un des moyens qu’a l’homme de perdre sa liberté. Et je puis dire que placé à cette intersection, j’ai mesuré avec effroi l’ampleur de l’aliénation des habitants de ce pays. Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus se sentir étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue.»

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