Gennevilliers : sept femmes en scène pour raconter leurs souvenirs d’enfance

L’association Les Urbaines, qui travaille sur la place de la femme en ville, organise un spectacle par et avec des habitantes.

Le 24 juin 2019 à 16h37

Ce mardi, la parole sera féminine sur la scène de la MDC de Gennevilliers. L’association les Urbaines y joue, cette semaine, trois représentations de sa pièce « Cet enfant-là ». Un nouveau mode d’expression pour cette structure regroupant des chercheuses, principalement des géographes, qui planchent sur la place de la femme dans la ville.

Cette fois, sept femmes vont évoquer en public des souvenirs d’enfance. Une expérience qui a véritablement remué les participantes. « J’ai décidé de parler de ma grand-mère qui a été déportée. Elle ne voulait pas en parler et un jour je lui ai demandé ce que c’était ce tatouage sur son avant-bras », murmure Agnès.

« Cette pièce peut trouver un écho chez tout le monde… »

Nadine, elle, reviendra sur trois lettres qui l’ont profondément marquée. « D’habitude, rentrer de l’école est un joli moment et un jour, pendant la guerre d’Algérie, j’ai vu marqué OAS en lettres rouge sang sur un mur. Cela m’a terrifiée », se souvient-elle. « Ma famille a toujours été très optimiste y compris pendant les moments les plus durs. Je n’arrive pas à trouver de souvenirs tristes datant de cette période », ajoute sa complice.

Se plonger dans leur passé les a aussi fait réfléchir à leur condition de femme, aux images ou clichés sur ce sujet ou sur les injonctions à se marier, etc. « Je me suis mariée à 18 ans parce que j’étais enceinte… A l’époque c’était assez compliqué une situation pareille », lance Agnès, 74 printemps. « On peut se retrouver dans ces souvenirs, estime Corinne Luxembourg, architecte, géographe et présidente des Urbaines. Cette pièce peut trouver un écho chez tout le monde… »

Mardi 25, jeudi 27 et vendredi 28 à 20 heures, la maison du développement culturel (MDC), rue Julien-Mocquard, à Gennevilliers. Gratuit sur réservation au 01.40.85.60.92.

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Penser le terrorisme : le cas Albert Camus

« Le terrorisme » préoccupe la France et l’Europe depuis le début des années 2000, dans le sillage du 11 septembre 2001. La multiplication d’attentats – revendiqués pour un certain nombre par Al-Qaïda et Daech – au cours de la décennie actuelle a fait de ce terme l’un des plus répandus dans les discours politiques, couvertures médiatiques et conversations courantes de ces zones géographiques, parmi bien d’autres.

Ceci sans que soit généralement interrogée sa définition. Et pour cause : le « terrorisme » fait partie de ces vocables que nous employons en pensant nous entendre sur son sens alors qu’il échappe à une acception stable.

Plus de 250 définitions

Faits symptomatiques, l’ONU n’a pu en proposer une définition qui fasse l’unanimité, les chercheurs Joseph Easson et Alex Schmid ont recensé plus de deux cent cinquante définitions du substantif, et, au sein d’un même territoire, le domaine d’application du mot a fait l’objet d’évolutions remarquables, voire de retournements, au cours de la période contemporaine.

Ainsi la répression vichyste et allemande qualifiait-elle les Résistants de « terroristes » pendant la Seconde Guerre mondiale ; en 1984, Ronald Reagan accueillait à la Maison Blanche des chefs moudjahidines afghans que les États-Unis baptisaient alors « combattants de la liberté ». Point de vue et intérêt du locuteur, contexte historique, circonstances politiques font du « terrorisme » un objet éminemment mouvant. Le penser de manière critique nécessite la prise en considération de questions premières, dont les suivantes : Quels sont les éléments constitutifs du terrorisme ? Où commence-t-il et où finit-il, comparé à d’autres formes de violence politique ? Peut-il jamais être légitime ?

Relire Camus

Albert Camus (1913-1960), écrivain de son état, éclaire en partie ces interrogations à travers deux corpus : d’une part, les interventions et écrits journalistiques, politiques, épistolaires et philosophiques par le biais desquels il intervint dans une histoire européenne et mondiale contemporaine des plus sanglantes ; et, d’autre part, une abondante production littéraire qui se colleta avec le terrorisme au moyen de la représentation fictionnelle.

Ces deux ensembles témoignent d’une compréhension inclusive du terrorisme. L’auteur y combat franquisme, nazisme, fascisme, collaborationnisme, stalinisme, et, pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), la violence meurtrière du Front de Libération Nationale visant les civils européens d’Algérie et arabo-berbères, mais également le contre-terrorisme de l’État français – qui eut recours à la torture et au concept de « responsabilité collective » – et les exactions des ultras.

« Le » terrorisme qu’analyse et récuse Camus est donc pluriel. Sous sa plume, le nom fait référence, ici, à des politiques coordonnées par les détenteurs d’un pouvoir en place qui l’assoient ou l’étendent par ce truchement, et là, à une technique subversive clandestine visant à contester un pouvoir établi.

Le terrorisme : affaire d’État aussi

Les terrorismes qu’évoque Camus sont en majorité du premier type. Ils émanent d’appareils dominants – États et partis. L’Homme révolté l’atteste, l’auteur a connaissance des origines modernes, étatiques, du terrorisme, qui datent de la Terreur (1793-1794).

Cet essai propose notamment une généalogie du « terrorisme d’État » en Occident depuis la période révolutionnaire jusqu’en 1951, année de publication de l’ouvrage. Clandestins ou publics, les articles, éditoriaux, appels et conférences de Camus datant des années 40 et 50 dénoncent cette réalité politique dans son siècle.

Ils dissèquent entre autres les pratiques totalitaires et le fait concentrationnaire qui caractérisèrent les forces de l’Axe. À rebours de certains de ses contemporains silencieux ou satisfaits face au communisme stalinien, Camus pointe parallèlement la persistance de la terreur d’État après guerre dans le monde soviétique.

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Paris : « Le trauma colonial » à l’Institut du monde arabe

Le 20 juin, à 19 h, aura lieu une nouvelle édition des « jeudis de l’IMA » en salle du Haut Conseil avec pour thème « le trauma colonial ».

 

Depuis près de 25 ans, l’Institut du monde arabe (IMA) organise chaque jeudi à 19 h des rencontres débat avec plusieurs personnalités spécialistes du monde arabe (chercheurs, journalistes, etc.). En partenariat avec Libération, Les Inrockuptibles et France Médias Monde, la rencontre du 20 juin promet d’être passionnante !

Sous le titre Le Trauma colonial, paru chez La Découverte en septembre 2018, la psychanalyste Karima Lazali publie les singuliers résultats de son enquête consacrée aux conséquences de la colonisation française sur la société algérienne.

De singuliers résultats, car Karima Lazali a constaté chez ses patients des troubles dont la théorie psychanalytique rend mal compte, et que seuls les effets profonds du « trauma colonial » permettent de comprendre : plus d’un demi-siècle après l’indépendance, les subjectivités continuent à se débattre dans des blancs de mémoire et de parole, en Algérie et en France. La psychanalyste montre ce que ces « blancs » doivent à l’extrême violence et à la durée de la colonisation, machine à produire des effacements mémoriels allant jusqu’à falsifier le sens de l’histoire.

Avec :

  • Karima Lazali, psychologue clinicienne et psychanalyste exerçant à Paris et à Alger. Elle est l’auteure de nombreux articles et de La Parole oubliée (Érès, 2015) ;
  • Benjamin Stora, professeur à l’Université Paris XIII, président du conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Ses recherches portent sur l’histoire de l’Algérie, notamment la guerre d’Algérie et plus largement sur l’histoire du Maghreb contemporain ;
  • Mohammed Taleb, psychiatre, chef du pôle de psychiatrie et d’addictologie au Nouvel Hôpital de Navarre (Évreux). Il est également président de la Société franco-algérienne de psychiatrie et à ce titre, avait organisé en octobre 2003, à l’occasion de l’Année de l’Algérie en France, le premier colloque de psychiatrie entièrement consacré aux traumatismes de la Guerre d’Algérie

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« LE DERNIER ATLAS »

Les deux scénaristes se connaissent depuis 20 ans. Après avoir travaillé ensemble à la revue Professeur Cyclope notamment, Gwen de Bonneval (à droite) et Fabien Vehlmann (à gauche) ont joint leurs écritures pour un projet vaste et fou. Prévu en trois tomes de 200 pages avec Hervé Tanquerelle au dessin, Le Dernier Atlas (dont le tome 1 est sorti en mars 2019 aux éditions Dupuis) est un récit comme on n’en voit pas souvent : à la fois grand public mais exigeant dans sa conception, fantaisiste et documenté, complexe mais digeste. Entre uchronie subtile, « marche du monde » et robots géants « à la Goldorak », ils mélangent les genres avec virtuosité et trouvent l’équilibre, comme si de rien n’était. À l’occasion du festival Lyon BD, ils sont revenus pour nous sur la patiente mise au point de ce roman graphique qui devrait marquer l’année, si ce n’est au-delà.

Dans une courte note en fin de livre signée Fabien Vehlmann, on peut lire que cette histoire est passée par une « lente et patiente élaboration » de 8 ans, et que Claude Vehlmann est la « principale source d’inspiration de cette histoire ». Claude Vehlmann, c’est votre père, Fabien ?

Fabien Vehlmann : Oui. Mon père était pilote dans l’armée de l’air, avant de travailler dans le BTP. Et comme par hasard, les robots Atlas qu’on a inventés servent à la guerre et à la construction. Mon père est aussi d’origine estonienne, c’est un fils d’immigrés, et dans Le Dernier Atlas, on interroge le rapport à la France. La guerre d’Algérie est un épisode de notre Histoire qui reste particulièrement tabou.

dernier-atlas-immeubleGwen de Bonneval : Parce que les acteurs sont toujours vivants.

F. V. : Et j’avais envie d’en parler. Mais ce n’est pas non plus de l’autofiction, plutôt une inspiration indirecte. Il y a eu un long moment de maturation, comme une chrysalide dont quelque chose de différent a finit par éclore. Ces sujets restent importants, mais moins qu’au début. J’ai aussi fait un effort pour m’en détacher. D’ailleurs, Gwen a été très important pour ne pas me laisser happer par eux. Régulièrement, j’avais tendance à repartir dedans, rouvrir des bouquins sur la guerre d’Algérie, et il veillait à ce que je ne perde pas de vue notre histoire à nous, que je ne me mette pas dans un angle mort. D’autant plus qu’il y a un émotionnel pas évident, parce que ces sujets me tiennent à cœur, et que ça ne doit pas devenir malaisant pour le lecteur. On devait partir de ces sujets pour donner prétexte à l’histoire, et non pas l’inverse. Car si le propos politique est trop fort, on court le risque de prêcher des convertis, ce qui n’est pas le but. D’ailleurs, la guerre d’Algérie est un des biais principaux, mais pas le seul.

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L’imposture de Benamou à propos des événements d’Oran en 1962

Il y a parfois des films qui se présentent comme des déclencheurs et se retrouvent comme des impostures. C’est le cas du documentaire «Oran : le massacre oublié» de Jean-Charles Deniau et Georges-Marc Benamou, qui revient sur les événements qui ont secoué Oran le 5 juillet 1962, au lendemain de l’indépendance, où 432 habitants, européens ou musulmans ayant choisi la France, sont massacrés en quelques heures. La chasse à l’homme, déclenchée mystérieusement, dure une journée sous le regard passif de l’armée française bouclée dans les casernes, sur ordre du président De Gaulle. Pour les auteurs, ce dépassement est présenté comme un véritable trou noir dans l’histoire de la guerre d’Algérie. Mais pourquoi les auteurs de ce documentaire à charge et qui est basé sur un incident sans images, ne se sont pas intéressés aux massacres perpétrés quelques semaines avant, par l’OAS, tuant plusieurs centaines d’Algériens, alors que la guerre était presque finie ?

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« Le monde combattant. Quelle histoire, quelles mémoires, quel devenir? »

La Mission du Centenaire de 14-18 organise une journée sur le monde combattant à l’Ecole militaire (amphi Foch), le 3 juillet. Cette journée d’étude est intitulée: « Le monde combattant. 1918-2018: quelle histoire, quelles mémoires, quel devenir? ». Cette journée s’articulera autour de trois thématiques principales : la naissance du monde combattant après la Grande Guerre ; l’histoire du monde combattant de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’Algérie ; la question contemporaine des anciens combattants des OPEX.

Les inscriptions se font par mail: colloque@centenaire.org

Le programme est à consulter ici.

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Archives-dd&e : Les USA & la guerre d’Algérie

Nous avons retrouvé dans ces “Archives-dd&e” un texte qui nous paraît d’un grand intérêt ; il l’était en 2007 quand nous le publiâmes, il l’est peut-être encore plus aujourd’hui, à l’heure où l’axe repentance-colonialisme est, en France, l’une des termites les plus prédatrices de la souveraineté et de la légitimité françaises. Bien entendu, ce n’est pas un hasard sur nous publions ce texte dans une même séquence, après la publication, le 21 juin 2019, des textes du Marocain Driss Ghali sur la repentance et le colonialisme en France et par rapport à la France. Les deux mises en ligne se complètent, se répondent et s’enrichissent.

Ce texte de la rubrique Analyse de la Lettre d’Analyse dd&e, du 10 mars 2007 (Vol22 n°12), est en fait une longue analyse critique (bien plus qu’une recension, nous ne le cachons pas une seconde) d’un des livres qui fait autorité sur le sujet de la politique des USA vis-à-vis de la guerre d’Algérie, et vis-à-vis de la France dans la guerre d’Algérie. En effet, et ce n’est pas une des moindres surprises par rapport au conformisme du politiquement correct, les USA jouèrent un rôle considérable dans la guerre d’Algérie, au point que l’on peut dire que ce sont les USA qui permirent au FLN d’acquérir le statut international conduisant à l’enchaînement de sa reconnaissance, et d’une indépendance de l’Algérie passant exclusivement par lui (le FLN) et rejetant toute autre formule éventuelle ménageant des liens plus structurés avec la France.

(Le livre qui est ici considéré est celui de Irwin M. WallLes États-Unis et la guerre d’Algérie [éditions Soleb, septembre 2006 en traduction française avec un ajout exclusif de l’auteur, version originale publiée en 2000] … Wall est un spécialiste de la politique française post-1945, et des relations des USA avec la France sous la IVème république et les débuts de la Vème.)

Si nous disons que ce texte nous paraît “d’un grand intérêt”, “peut-être encore plus aujourd’hui” qu’en 2007 lorsqu’il fut publié, c’est d’abord parce qu’entretemps divers travaux de révision de l’histoire de la guerre d’Algérie, et surtout du rôle et de l’identité même du FLN, ont été réalisés. Nous rappelons ceci, à cet égard, signalant cette tendance révisionniste de la gauche institutionnalisée, conduite à mettre en évidence l’extrémisme du FLN jusqu’à en faire une sorte de “modèle” pour le phénomène-Daesh et toute la mouvance qui lui est associée, bien plus d’un demi-siècle plus tard :

« Un autre aspect du bouleversement en cours, c’est la “révision mémorielle” en cours de la guerre d’Algérie. (Pour ça, voir l’‘Historiquement Show’ 238 du 15 avril 2016, particulièrement Stéphane Courtois parlant du livre de Jean Birnbaum, ‘Un silence religieux, la gauche face au djihadisme’.) C’est un bouleversement qui intéresse ma propre mémoire, et j’y reviendrai un jour ou l’autre. Pour la situation intellectuelle française, c’est également, même si d’une autre façon, un bouleversement parce que la guerre d’Algérie dans le récit officiel actuel (la narrative, pour le coup) est la poutre-maîtresse de la dynamique intellectuelle en cours de la susdite-intelligence française. »

Cette révision n’a certes pas entamé la dynamique de “l’axe repentance-colonialisme” comme dit plus haut et comme espéré par certains (y compris PhG, qui fit ce commentaire ?). Il y a de la logique dans cet échec, dans la mesure où “l’axe repentance-colonialisme” est du domaine de la pensée dite de la bienpensance, de l’hyper-“politiquement correct” puisqu’il s’agit d’une pensée atrophiée dans les bornes inflexibles de la bienpensance, – donc qui n’intéressent ceux, assez nombreux, qui ne disposent pas de leur précieux temps à perdre à penser par eux-mêmes : on ne les dérange donc pas… Pour les autres, vraiment le texte ci-dessous est particulièrement intéressant parce qu’il relie par un autre nœud la guerre d’Algérie à notre époque : en 1954-1962, comme aujourd’hui pour Daesh et al Qaïda, les USA jouent un rôle essentiel, déstructurant et déstabilisateur.

Que Mr. Birnbaum nous apprenne que le FLN est le modèle de Daesh est déjà intéressant ; mais qu’il soit montré là-dessus, notamment par un rappel de la signification profonde du livre de monsieur Wall, que les USA ont soutenu à fond le FLN durant la guerre d’Algérie redouble notre intérêt en complétant le parallèle avec notre époque. L’argument américaniste pour expliquer ce soutien, selon l’impeccable historien américaniste qu’est Mr. Wall, est la vieille-postmoderne tradition “anticolonialiste” des USA, lesquels revendiquent l’honneur exclusif et également postmoderne d’être la première rébellion contre le colonialisme européen. On comprend ce qu’il en est, avant d’aller demander confirmations aux survivants des Native Americans qui n’ont pas été massacrés à Wounded Knee, lorsqu’on lit la définition rapide que donne la “révolution américaine” l’impeccable intellectuel franco-américain Jacques Barzun dans son livre magnifique From Dawn to Decadence – 500 Years of Western Cultural Life, – et voir alors ce qu’il nous reste de la vertu anticolonialiste de l’américanisme, à moins de l’être, anticolonialiste, comme le fut le FLN, la main dans la main avec les USA :

« S’il y en avait un, le but de la Guerre d’Indépendance américaine était réactionnaire : “Le retour au bon vieux temps !” Les contribuables, les élus, les marchands et négociants, les propriétaires voulaient un retour aux conditions existantes avant l’établissement de la nouvelle politique anglaise. Les références renvoyaient aux droits classiques et immémoriaux des Britanniques : autogouvernement par le biais de représentants et d’impôts garantis par les assemblées locales, et nullement désignées arbitrairement par le roi. Aucune nouvelle idée suggérant un déplacement des formes et des structures du pouvoir – la marque des révolutions – ne fut proclamée. Les 28 affronts reprochés au roi George avaient déjà été souvent cités en Angleterre. Le langage de la Déclaration d’Indépendance est celui de la protestation contre des abus de pouvoir, et nullement celui d’une proposition pour refonder le gouvernement sur de nouveaux principes. »

Ainsi a-t-on une analogie de plus avec la situation présente : la moraline américaniste comme argument fondamental de l’interventionnisme américaniste, ou la vertu anticolonialiste des américanistes de 1954-1962 correspondant à celle du droitdel’hommisme des “révolutions de couleur” et autres “printemps arabes” d’aujourd’hui. Il est vrai que nous avons toujours pris soin de distinguer, comme le fait Arnold Toynbee, le “colonialisme” traditionnel de l’“occidentalisation” (ou “américanisation”) du monde entamé en 1945 sur une conception suprémaciste de l’anglosaxonisme (pour faire plaisir aux Britts), c’est-à-dire du susdit américanisme. Nous décrivions cela pour La Grâce de l’Histoire, par exemple le 4 juin 2014, et à cette lumière la guerre d’Algérie devient un avant-propos sinon le premier chapitre dans la grande entreprise d’américanisation et de globalisation qui prendra tous ses effets entre 1989-1991 et 9/11 :

« L’“occidentalisation” du monde est entamée justement, selon Toynbee, juste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le paradoxe est que ce démarrage coïncide exactement avec le début de la décolonisation (indépendance de l’Inde en 1947, guerre d’Indochine, etc.). Cela nous conduit à considérer l’“occidentalisation”, non comme la poursuite de la colonisation, comme on l’avance souvent, mais bien comme quelque chose de tout à fait différent de la colonisation. En fait, la décolonisation, c’est-à-dire la destruction de la colonisation, était nécessaire pour permettre le lancement de l’occidentalisation. Il n’y a pas complémentarité ni substitution, mais bien opposition entre les deux termes. […] La notion de “racisme anglo-saxon” avancée par Toynbee doit être appréciée avec une extrême attention. Pour nous, les Anglo-Saxons ne sont pas racistes, ils sont suprémacistes, le suprémacisme n’étant pas une catégorie du racisme, mais un caractère en soi… Pour nous, le racisme se définit par rapport aux autres, de diverses façons, dans un univers relatif et circonstanciel ; le suprémacisme se définit par rapport à soi, et à soi seul à l’exclusion du reste, comme un caractère identitaire dans un univers absolu. (Le racisme ne conduit pas nécessairement à l’oppression et il peut changer, évoluer, éventuellement disparaître ; le suprémacisme ne peut évoluer par définition et conduit nécessairement à l’oppression.) L’anglosaxonisme, ou panaméricanisme, est suprémaciste, comme le fut le pangermanisme et son rejeton catastrophique que fut le nazisme… »

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À chacun « sa guerre »

Le jeudi 20 juin, les élèves du niveau 3e du collège Saint-Joseph ont assisté à une conférence à deux voix sur ce que l’on a longtemps appelé « Les évènements d’Algérie ». Elle était animée par la sociologue Anne Guillou, auteur du livre « Une embuscade dans les Aurès » et par Michel Renault, ancien d’Algérie et grand-père d’une collégienne.

La sociologue Anne Guillou et Michel Renault , ancien d’Algérie, sont venus témoigner des conséquences de la guerre d’Algérie sur leur destinée et dans leur vie auprès des collégiens des classes de 3e.

À chacun « sa guerre »

Anne Guillou a présenté le contexte géopolitique et social de l’époque en commentant son dernier ouvrage dans lequel elle livre le drame personnel qu’elle a connu. Michel Renault a raconté sa version des évènements qu’il a vécus, peuplés d’embuscades et de barricades. Les collégiens, très attentifs, ont ensuite pu leur poser des questions sur les armes, les décorations obtenues, la place des femmes dans cette guerre. « C’est beaucoup mieux qu’un documentaire car on peut poser des questions aux intervenants et même percevoir leurs émotions » a conclu un élève.

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MASCARA : Premier tour de manivelle du film SALIHA

Le premier tour de manivelle du film Saliha, réalisé par Mohamed Sahraoui, a été donné il y a plusieurs jours à Mascara.

Le projet de ce film, dont le titre est révélateur, est un regard sur la réalité de la lutte héroïque du peuple algérien durant la guerre de Libération nationale contre l’occupant et un parcours d’une combattante en la personne de Saliha ould kablia, la martyre de béni chougrane, a indiqué la directrice de production que nous avons rencontrée hier sur les lieux du tournage à Tighennif et dans plusieurs localités rurales de la région comme Mnaouer, Zaaguine, Ferraguig el Ghomri, dans la ville de spranges, à Mohamamadia et ce, après un long repérage des lieux et l’adaptation au décor des événements de cette époque coloniale, nous dit-elle. Le long-métrage met en exergue les valeurs essentielles du devoir de se sacrifier pour que vive l’Algérie, et la combattante Saliha Ould Kablia, martyre de la révolution, refait surface dans la mémoire collective de l’histoire de tout un peuple et cela pour saluer le courage de la femme algérienne durant les longues années de cauchemar infligé à notre peuple. La femme n’a jamais été sous-estimée ni reléguée au second rang par les maquisards eux-mêmes. Si elle a, de toute évidence, su se faire respecter, les hommes ont vu en sa présence un réconfort moral puissant et un stimulant supplémentaire pour demeurer ardents au combat. grâce à ce premier tour de manivelle, la ville de Tighennif est sortie de sa torpeur culturelle ou artistique dans laquelle elle se morfond depuis plusieurs années. Ce film est mis en scène, produit et réalisé par M. Sahraoui avec les studios Ouled Nail, une entreprise de production audiovisuelle domiciliée à Djelfa.

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