Bollène rend hommage au général défenseur des Harkis, Hélie de Saint-Marc

Par , France Bleu Vaucluse

Des associations d’anciens combattants, des Harkis et leurs proches se sont rassemblés samedi 11 mai à Bollène, pour rendre hommage à Hélie Denoix de Saint-Marc, ancien parachutiste durant la guerre d’Algérie et défenseur des Harkis. La mairie a rebaptisé la rue du 19 mars 1962 au nom de ce général. La plaque a été dévoilée dans la matinée. L’après-midi, les participants se sont rendus à la salle des fêtes de Bollène pour assister à une projection en son honneur : « Hélie de Saint-Marc, témoin du siècle » de la réalisatrice Marcela Feraru.

Les 650 spectateurs étaient très émus en sortant de la salle, à l’instar de cette Bollénoise : « C’est tout à fait ce que l’on ressent en tant que pied noir. On a tellement menti sur notre histoire que ça remet les choses à leur place. » Un peu plus loin, Fatima Kefif, présidente de l’Union départementale des anciens combattants français musulmans du Rhône, a fait le déplacement de Lyon pour assister à cet hommage. « Harkis ou FLN, ce n’était jamais un choix », tient-elle à rappeler.

Une « belle reconnaissance »

L’organisatrice de l’événement est Rachida Amallou Amri, présidente l’association des anciens combattants français musulmans de Bollène. Pour cette fille de Harki, ce rassemblement était une belle reconnaissance : « On s’est tous retrouvés, nous enfants de Harkis, quelques Harkis, la fille de Hélie Denoix de Saint-Marc, la réalisatrice roumaine Marcela Feraru… «  Cette dernière insiste sur l’importance du devoir de mémoire: « J’avais 18 quand j’ai rencontré Hélie de Saint-Marc, je ne savais pas qui c’était. Le mot Harkis on l’a entendu quand on avait 15 ans, on ne le prononçait pas car c’est comme si c’était un gros mot. »

La maire de Bollène Marie-Claude Bompart était présente cet hommage au général, comme un juste retour des choses : « Le 19 mars n’a jamais été la fin de la guerre d’Algérie, ça a été le début du terrible massacre des Harkis. Il était normal qu’après tant d’années de mensonges, on revienne à la vérité. »

Concernant le changement de nom de rue effectué le matin, certains anciens combattants, qui n’ont pas souhaité s’exprimer, sont très en colère.

Le cardinal Duval, un phare dans la tourmente algérienne

1.05.2019 par Jacques Berset, cath.ch

“Porter atteinte aux droits humains, c’est profaner l’honneur de Dieu”, lançait courageusement, en pleine guerre d’Algérie, Mgr Léon-Etienne Duval, en dénonçant la torture et les exécutions sommaires commises à l’époque par les forces françaises.

Un colloque organisé les 9 et 10 mai 2019 par la chaire d’histoire de l’Eglise de l’Université de Fribourg a montré comment le prélat originaire de Haute-Savoie, qui fut archevêque d’Alger de 1954 à 1988, a été un acteur majeur de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Le cardinal Duval a en effet beaucoup fait pour la transformation d’une Eglise coloniale au sein de l’Algérie française en une Eglise en terre d’islam, désormais très minoritaire, discrète et humble, mais au service d’une population qui apprécie son engagement.

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Massacres en Algérie : un rassemblement à Paris pour commémorer « l’autre 8 mai 1945 »

Des associations, syndicats et partis ont appelé mercredi à un rassemblement à Paris pour commémorer les massacres commis en Algérie à partir du 8 mai 1945. Cet épisode meurtrier de l’histoire coloniale reste un grand oublié des commémorations.

Une vingtaine d’associations, de syndicats et de partis politiques ont appelé à un rassemblement place du Châtelet à Paris mercredi 8 mai, pour commémorer les massacres survenus en Algérie, le 8 mai 1945. Ce jour-là, d’importantes manifestations pour l’indépendance du pays, alors colonie française, ont été réprimées dans la violence et ont provoqué le massacre de milliers d’Algériens dans les jours qui ont suivi.

« Il est impossible de célébrer l’anniversaire de la victoire contre le fascisme sans vouloir arracher à l’oubli ce qui s’est passé en Algérie ce même 8 mai 1945 et les jours suivants », souligne le communiqué publié le 26 avril par les associations, syndicats et partis politiques, dont la Ligue des droits de l’Homme (LDH), la Confédération nationale du Travail (CNT), le Parti communiste français (PCF) et le Parti de gauche (PG).

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Journée Défense et Citoyenneté : la guerre d’Algérie au menu des jeunes

C’est un passage obligé réalisé l’an dernier par 2.514 jeunes, à l’occasion des 56 sessions programmées en Bigorre par le centre du service national de la jeunesse. Souvent «barbante», la journée Défense et Citoyenneté a pris, ce mardi, une teneur exceptionnelle à la faveur de l’exposition «Mémoires de la guerre d’Algérie» qui se tient au haras de Tarbes, jusqu’à demain soir (elle se conclura par une conférence, vendredi, à 18 heures).

Outre le programme traditionnel (tests de français qui ont permis de détecter 286 jeunes en difficulté l’an dernier, présentation des métiers de la défense, informations jeunesse et citoyenne…), les 50 jeunes Bigourdans se sont donc penchés sur une période de l’histoire encore mal ou méconnue : le conflit franco-algérien. Pour ce faire, en plus des nombreux documents qui peuplent l’exposition, ils ont bénéficié des témoignages d’anciens de la guerre d’Algérie mais aussi de spécialistes du sujet, à l’image de l’auteur de ce recueil paru aux éditions Le Solitaire «Et… il y avait l’Algérie». «On y retrouve le témoignage de sept personnes qui vivent aujourd’hui dans les Hautes-Pyrénées mais ont un rapport fort avec ce pays et ce conflit, explique-t-elle. J’essaie d’expliquer aux jeunes cette guerre de façon simple, sans tricher et sans polémiquer. Beaucoup n’en ont jamais entendu parler vraiment. Mais ils sont très attentifs et curieux.»

Ce conflit, qui débute officiellement à la Toussaint 1954, n’est abordé que très succinctement dans les livres d’histoire. Aussi, Franck Montagnol, le directeur de l’Onac-VG dans les Hautes-Pyrénées, prend le temps nécessaire pour recontextualiser cette guerre, ses origines, ses conséquences. En toute franchise. Mettant ainsi une histoire et du sens sur des termes comme harkis, pieds-noirs… «Aujourd’hui, on doit pouvoir parler de ce conflit de façon décomplexée et objectif, assure Franck Montagnol. Surtout avec ces jeunes. Ce sont leurs grands-parents. Mais c’est souvent un sujet que l’on ne sait pas aborder parce que ceux qui l’ont vécu n’en parlent pas. Toutes ces choses difficiles, ces horreurs, cette défaite militaire, aussi, font que ce n’est pas très glorieux. Là, on montre l’état d’esprit de ces jeunes qui ont été envoyés là-bas sans savoir vraiment où ils paraient. On parle d’une génération traumatisée, qui a beaucoup souffert, sans jamais le dire. C’est important d’en parler tant qu’il y a ces témoins.» Une contribution essentielle à une histoire commune, fédératrice d’un destin commun.

Andy Barréjot

Le 13 mai à Paris 8, le festival des décolonisations

 

Le lundi 13 mai à l’Université Paris 8-Saint Denis de 9 heures à 17 heures , le Festival des décolonisations rassemble les élèves de différents établissements du secondaire qui présenteront des projets menés autour de thématiques communes : les mémoires de l’esclavage, de la colonisation et des mouvements d’indépendance.

Voici le programme de cette journée

● Projection du film Reg’arts Dionysiens. À partir d’un travail d’écriture rimée, les élèves du collège Barbusse parlent de Saint-Denis et arpentent l’histoire coloniale dont leurs familles sont issues pour en tirer de quoi penser leur présent.

● Représentation théâtrale inspirée d’extraits de romans évoquant la guerre d’Algérie (Annie Ernaux, Alice Zeniter et Laurent Mauvignier). Les élèves du lycée Diderot sont accompagnés par le collectif Satori.

● Projection de Comment je suis arrivé là ?, documentaire autour de la mémoire de la guerre d’Algérie réalisé par Muriel Bechame (compagnie ARCAT) et des élèves du lycée Diderot.

● Présentation de travaux divers réalisés par deux classes du collège Jean Lurçat dans le cadre d’un enseignement interdisciplinaire en histoire, lettres et documentation.

● Restitution d’une rencontre entre Wilfried N’Sondé, auteur de Un océan, deux mers, trois continents (Actes Sud, 2018) et des élèves du collège Jean Lurçat.

● Témoignages de membres de l’association 4ACG (Association des Anciens Appelés en Algérie contre la Guerre).

● Interventions de chercheurs et d’étudiants

● Visite de l’exposition itinérante « Images et Colonies » réalisée par le groupe de recherche Achac.

● Présentation du fonds documentaire sur les sociétés coloniales acquis par le CDI du collège Jean Lurçat.

Restez informés sur :

padlet.com/pesca_jeanlurcat/festival

Homme colonial, statue Lobi, Burkina Fasso, XXe s. © Metropolitan Museum, New-Y

La Guerre d’Algérie en images : entretien avec Benjamin Stora

Benjamin Stora revient sur l’Histoire dessinée de la guerre d’Algérie, un média important pour l’enseignement de cette période de l’histoire.

Benjamin Stora, auteur de L’histoire dessinée de la Guerre d’Algérie, revient pour Nonfiction sur la réalisation de cette bande-dessinée qui aborde une histoire souvent au coeur de nombreuses polémiques en France. La Guerre d’Algérie est à la fois un domaine historiographique très renouvelé, un élément des programmes scolaires et un enjeu mémoriel pour de nombreux groupes. Cet ouvrage cherche à aborder ces différentes questions, alliant le travail de l’historien à la créativité du dessinateur.

La version originale de cette interview a été publiée par l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographe (APHG) sous le titre « Entretien avec Benjamin Stora… à propos de L’histoire dessinée de la Guerre d’Algérie » dans sa revue Historiens et Géographes . Il est repris ici dans le cadre d’un partenariat entre Nonfiction et l’APHG, dont le but est de diffuser aussi largement que possible la recherche historique en train de se faire. 

Guy Brangier et Jacques Séguin, membres du Bureau de la Régionale de Poitou-Charentes de l’APHG, sont professeurs honoraires d’histoire-géographie dans l’académie de Poitiers. Bernard de Litardière a réalisé la captation vidéo de l’entretien.

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Vire. Des témoins de la guerre d’Algérie invités au collège

Les anciens combattants de la guerre d’Algérie ont apporté des témoignages émouvants.
Les anciens combattants de la guerre d’Algérie ont apporté des témoignages émouvants. | OUEST-FRANCE

Quatre témoins de la guerre d’Algérie se sont rendus au collège du Val-de-Vire, lundi 29 avril 2019, pour répondre aux questions des élèves.

La guerre d’Algérie fait partie des programmes d’histoire pour les classes de troisième. Aussi, Delphine Poinsu, professeur d’histoire au collège du Val-de-Vire, a proposé à ses élèves un cycle d’études sur cette page de notre histoire en élaborant un questionnaire destiné à quatre témoins de cette guerre. Ils étaient invités, lundi, au collège.

L’ancien colonel André Hummel a pris la parole en premier. « J’étais officier dans un régiment de tirailleur Algériens. Je n’ai pas pratiqué la torture. Mes hommes étaient attachés à la France », a-t-il pu rapporter sur cet épisode douloureux de notre histoire moderne.

« J’ai participé à de nombreux accrochages. Mon père avait fait la guerre de 14-18. C’est pour défendre les miens que j’ai pris les armes. Je ne regrette pas mon choix, j’ai défendu la France », a, pour sa part, témoigné le harki Mohammed Azzouza, devant les jeunes virois.

« Les pieds-noirs et les harkis ont été abandonnés »

« Nous vivions en harmonie avec nos voisins musulmans. Nous nous respections », a ajouté Yves Sainsot, tout en nuance. « Nous y étions depuis 130 ans . Les pieds-noirs et les harkis ont été abandonnés. Ce n’est pas à l’honneur de la France. »Hippolyte Vauclair, appelé sous les drapeaux à ce moment-là, s’est rappelé cette opération autour d’une ferme : « Les fenêtres se sont ouvertes et les fellagas (combattant algérien pour l’indépendance) ont tiré, tuant neuf de mes camarades », a raconté ce Manchois.

Ces témoignages, forcément difficiles, aideront sans aucun doute les jeunes virois dans la préparation de leurs devoirs sur le sujet. Ils ont, en tout cas, participé activement au débat. Leurs questions étaient pertinentes et témoignaient d’un travail d’histoire approfondi en amont.

19 Mars 1962 : Les ultras de «l’Algérie française» veulent réécrire l’histoire

30 avril 2019 à 10 h 00 min

Dans certaines communes, les rues du 19 Mars 1962 font de l’ombre à des résidus d’extrême droite qui voudraient réécrire l’histoire dans le sens du combat des ultras de l’Algérie française, sous prétexte d’honorer la mémoire de l’affliction des pieds-noirs et des harkis.

Après d’autres municipalités, comme Béziers (Hérault) et Beaucaire (Gard), c’est la commune de Bollène, dans le département du Vaucluse, qui souhaite rebaptiser en rue Hélie de Saint Marc la rue jusque-là nommée rue du 19-Mars 1962.

Le point commun est d’estimer que d’autres souffrances ont eu lieu jusqu’au mois de juillet 1962. L’autre similitude est leur appartenance au Rassemblement national ou leur proximité avec l’extrême droite. On peut dire que ces amnésiques de la colonisation font front.

Le choix du nom de ce résistant contre les nazis, qui fut déporté n’est pas fortuit. Ce passage par la case de la Résistance serait de nature à faire oublier qu’il a aussi été un officier putschiste pendant la guerre d’Algérie, sans rien dire du régime de torture que plus personne n’ignore, un épisode cité au plus haut de l’Etat, avec la reconnaissance de l’assassinat de Maurice Audin par le Président Macron.

De cela le maire de Bollène, Marie-Claude Bompard, fait fi. Proche du parti politique Ligue du Sud (extrême-droite), dirigé par son mari, Jacques Bompard, maire de la commune voisine d’Orange (et ex-Front National), elle a fait voter ce changement d’appellation, malgré les voix minoritaires de la gauche.

Pour l’élu communiste, Serge Fiori, «par cet acte, le maire cherche à effacer des repères historiques», a rapporté la Télévision régionale France 3. Plus étrange, la réaction de l’élu de   gauche, Anthony Zilio, qui paraît ne pas avoir encore pris la mesure du train implacable de l’Histoire.

Même s’il consent à parler d’instrumentalisation de l’Histoire de la part de la maire de Bollène, comment interpréter le fait qu’il dise aussi au journaliste de la télévision : «Il ne nous appartient pas de trancher dans un sens ou dans l’autre.»  De quel sens s’agit-il ?

Celui de son aîné au Parti socialiste, François Mitterrand, qui clamait en novembre 1954 : «L’Algérie c’est la France» ? Comme l’ancien Président, oublie-t-il qu’il y a eu une colonisation de 130 ans et plus de sept ans de guerre. Comme quoi, il n’y a pas que l’extrême droite qui est un mauvais élève.