L’Algérie, ce pays que les jeunes appelés français ont découvert en guerre

Ils sont nés entre 1932 et 1943 et ont été embarqués dans l’aventure algérienne. Pour la majorité d’entre eux, c’était leur premier grand voyage.

Voici le merveilleux livre d’un amour qui se construit doucement entre une jeune institutrice et un jeune soldat, perdu au milieu de la guerre d’Algérie. Le récit progresse en partie par le dévoilement progressif de lettres intimes, pleines de vérités, d’émotions contenues. Pierre et Georgette vont s’écrire pendant deux ans, entre 1958 et 1960, un moment charnière où l’Algérie française a basculé. Le 16 septembre 1959, le général de Gaulle s’est prononcé pour l’autodétermination en Algérie. Le 16 septembre, précisément le jour de l’anniversaire de Pierre, le jeune “héros” de ce livre (né en 1936).

Dans le récit d’Isabelle Laurent, et dans cette correspondance entre les deux jeunes gens, se dessine le portrait de la génération du djebel. Des hommes qui ne connaissaient rien de l’Algérie en guerre. Venant de toutes les origines sociales (des fils de commerçants, de paysans, d’ouvriers), de toutes les régions de métropole, les voici éblouis par ce pays d’une Afrique si lointaine, et si proche. Voici, sous la plume d’Isabelle Laurent, Claude, ouvrier sur une chaîne de montage; Roger, un garçon des rues et de ses petits larcins; Stanislas, un fils de commerçant; Pierre, Louis, Marie, Simon, le père de la narratrice est un paysan originaire des Vosges… Ce livre nous rappelle que des jeunes appelés, nés entre 1932 et 1943, ont été embarqués dans l’aventure algérienne. En tout, plus d’un million et demi de soldats ont traversé la Méditerranée, de 1955 à 1962. L’Hexagone compte alors moins de cinquante millions d’habitants. Parmi ces jeunes soldats, il n’y a que très peu de rêveurs en attente de coutumes et saveurs d’un Orient de légende. Seulement la résignation, la banalisation d’une angoisse et le saut vers l’inconnu. Pour l’immense majorité d’entre eux, c’est pourtant leur premier grand voyage, le départ hors de la province, de l’Hexagone vers un Sud, une colonie lointaine. Et ils verront là des paysages magnifiques qui resteront pour toujours gravés dans leur mémoire. Pour la plupart des jeunes soldats, et ils s’en souviendront encore longtemps, aller en Algérie constituait une première expérience de “tourisme” hors de son village, de son quartier, de sa ville. Les lettres de Pierre mentionnent cette découverte d’un pays resplendissant, plein de la beauté dépouillée des rivages méditerranéens, entre montagnes et désert.

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