Algérie. Le voyage du souvenir de Gabriel Le Guellec

Gabriel Le Guellec, habitant de Larmor-Plage (56) de 82 ans, s’apprête à vivre son deuxième voyage en Algérie, depuis la guerre du même nom. Il y a passé deux ans, de 1957 à 1959. 24 mois épuisants, moralement et physiquement, qui ont laissé des traces indélébiles. Du 18 au 28 avril, il foulera de nouveau les terres algériennes et se rendra au camp de Nesmoth.

« À 20 ans, on n’est jamais prêt pour ça ». Pudiquement, Gabriel Le Guellec se remémore ses 24 mois passés en Algérie. À 82 ans, ce Larmorien d’adoption a encore du mal à évoquer le quotidien sur le camp, le tabou d’une guerre qui a fait entre 300 000 et 400 000 morts algériens et 27 000 français (le coût humain de la guerre est encore discuté…). Du 18 au 28 avril prochains, il redécouvrira cette terre qu’il a foulée, malgré lui, à 20 ans, en 1957. « Je pars pour retrouver le camp de Nesmoth où j’ai passé deux ans. C’était une ancienne colonie de vacances transformée pour nous accueillir ».

« Personne n’était préparé à ce que l’on a vécu »

C’est en lisant un article de presse, relatant le même voyage d’un ancien soldat, que l’envie de partir lui est venue. « Je suis entré en contact avec cette personne qui m’a donné les coordonnés de l’organisateur, une agence de voyages parisienne qui a déjà mis sur pied des séjours pour d’anciens combattants ». Ce jeudi 18 avril, Gabriel Le Guellec partira avec une douzaine d’hommes venus des Côtes-d’Armor, du Finistère, d’Ille-et-Vilaine et d’autres départements français.

L’octogénaire a du mal à parler de son besoin de retourner en Algérie. Il était revenu en 1978 avec sa femme et ses deux enfants, alors âgés de 18 et 16 ans, sans pour autant leur exposer les horreurs de la guerre. « On racontait difficilement ce que l’on avait vécu, personne n’en a parlé à notre retour ». Le départ en 1957 a déjà été éprouvant pour le soldat morbihannais : « C’était très stressant, il y avait beaucoup de morts. On avait passé quatre mois en Allemagne pour faire nos classes, j’étais d’ailleurs avec beaucoup de Lorientais. Personne n’était préparé à ce que l’on a vécu ».

L’accueil des Algériens

Gabriel Le Guellec se souvient des opérations quotidiennes, des gardes de nuit, des amis qui sont tombés sous les balles, et semble toujours ému, muet, lorsque l’on lui demande de révéler ce qu’il y a vu. « Il y a des choses qu’on ne peut pas dire dans le journal… C’était affreux, cela me choque encore d’en parler. J’entends encore des hurlements… ».

Le 6 mai, cela fera 60 ans que Gabriel est rentré d’une guerre qui l’a marqué à tout jamais. Par les horreurs mais aussi par les liens qu’il a tissés là-bas. « On y a aussi passé de bons moments, on s’est fait des copains ». Dans ce périple de dix jours, il cherche aussi à aller à la rencontre des Algériens. « Ils sont très accueillants avec nous, bien plus qu’on ne pourrait l’être avec eux ! On va même assister au mariage d’un membre de la famille de l’organisatrice. Elle ne pouvait pas venir, alors nous sommes invités ! ».

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